vendredi 30 mars 2012

Minor Love - Adam Green


Je ne connaissais pas Adam Green il y a deux semaines, et pourtant je l'écoute en boucle depuis ! L'album Minor Love est un cocktail de grandes influences dont la recette est simple : dans un shaker mettez Elvis Presley, Johnny Cash et Eddie Vedder, refermez et laissez secouer le tout par l'enfant des Moldy Peaches, vous obtiendrez le délicieux Minor Love.


 Avant de commencer quoi que ce soit, toute personne n'étant pas touchée par l’œuvre des trois monstres sacrés cités plus haut peut arrêter sa lecture ici. Elle sera certaine de passer à coté de Minor Love. Car si son premier album solo en 2002 était des plus hétéroclites dans son genre, Adam Green enracine avant tout celui ci dans la tradition du rock root des sixties, une voix grave et une guitare sèche.

Et effectivement, à peine la première piste lancée, que l'odeur de la poussière et des Santiags viens nous titiller les narines. Cette impression est renforcée par la profonde, très profonde voix d'Adam Green. Pour vous donner une idée j'ai cru écouter Elvis la première fois! La comparaison vocale s’arrête là : le King avait du coffre ( du moins au début...) alors qu'Adam G. est vite limité lorsqu'il faut pousser un peu sur les cordes vocales. Et alors ? Peu importe lorsque celles ci servent à raconter des petites histoires de mal d'amour dans les motels crasseux, de tueurs et autres bagarres de comptoir.
Il faut lire ou tout du moins écouter avec attention : il se cache des pépites parmi les quatorze morceaux proposés. « Breaking Locks » est l'exemple typique d'un texte qui serait passé inaperçu sur n'importe quelle musique actuelle, alors qu'ici on sent le désespoir, on sent la tristesse, on sent les regrets de cet homme mis à la porte de chez lui. Les textes, écrits pour la plupart sur un coin de table entre amis, font résonner une part enfouie en nous et une part d'aventure que chacun aimerait vivre. A l'image de « Boss Inside » , qui sent bon la poudre et les films de Clint Eastwood, certain textes sont de petits scenarii dont chacun veux être l'acteur principal, « Castles and Tassels » et « Buddy Bradley » en sont deux bons exemples. L'ancien des Moldy sait comment faire naître une ambiance autour de ses textes, n'hésitant pas, malgré sa tête de premier de la classe, à utiliser des grossièretés à la place d'un mot convenu. Il ajoute du relief à chaque phrase, dont la prononciation lente et mesurée en fait de petites perles pour une l'oreille attentive.
Petite, qualificatif parfait pour désigner ses chansons, aucune ne dépassent les trois minutes, fait exceptionnel de nos jours. Comprenez bien que pour être diffusable il faut un joli format de trois minutes trente avec deux refrains et trois couplets, alors bizarrement il ne sort que des chansons de ce format . Étrange non? En tout cas Adam Green fait le bon choix avec ses petites mélodies - on ne se lasse pas du début à la fin - qui rendent un album potentiellement ennuyeux - de par ses thèmes et ses rythmes simplistes - varié et intéressant. D'ailleurs les plus courtes sont celles que j'ai appréciées et remarquées en premier, selon moi la meilleur reste « Cigarettes Burns Forever ». L'avantage est qu'avec sa minute cinquante six on peut l'écouter dix fois de suite sans s'en rendre compte ! Comme quoi ce n'est pas la taille qui compte...


L’exploit réside dans le fait que malgré ce temps réduit les chansons ne sont pas pour autant dénuées d'âme ou bâclées musicalement. Certes la plupart sont sobres, « Don't Call Me Uncle » est une suite d'arpèges à la guitare acoustique, « Bathing Birds » est seulement accompagnée d'une flûte et d'un banjo. Mais qu'importe, les choix instrumentaux sont parfaits. La guitare impressionne par son efficacité dans la simplicité. La simplicité n'est pas l'ennemie du bien, voir même du très bien dans le cas présent. Prenez « Goblin », une contrebasse, une mélodie au banjo et des percussions mêlant maracasses et autres petit bois, comment faire plus simple ? Et pourtant, le morceau est entraînant et m'a fait dandiner plus d'une fois dans la salle de bain.

L'ambiance root rock est parfaitement respectée et les seules marques d'arrangement indiquant un travail postproduction sont d'une justesse rare. Sachant être discrets sans pour autant passer inaperçu, ils apportent, le plus souvent sous la forme d'un air d'orgue ou de son lointain tout en retenue, le liant à chaque morceaux.
Pour les amoureux de l’électrique, Adam a aussi pensé à vous. L'apprenti peintre réalise trois belles pièces plus énervées. En tête des plus excitées, « Oh Shucks » sonne comme un vieux rock de garage. Et pourtant nos oreilles ont affaire à une expérimentation bien plus structurée qu'on ne pourrait le croire. Une guitare ultra saturée, un orgue à la limite du bruit de jeux vidéo des années 80 et un batterie agressive auront raison du texte qui se trouve malmené par autant de désordre ordonné. Que mon propos ne soit pas mal interprété, « Oh Shucks » est un bon titre, c'est de ce fameux désordre que ressort le bon goût du morceau. Après tout nous aimons tous une part de désordre alors pourquoi pas un peu dans cet album ? Puis , si vous souhaitez une maîtrise des rythmes, vous serez servi avec « Lockout » et « What Make Him Act So Bad ». Les deux titres sont bien différents et pourtant l'utilisation de l'instrumentation est la même : le coté électrique n'est présent que pour muscler la rythmique. Je vous accorde que dans « Lockout » les petites touches funk apportées sont un régal et ne correspondent pas à l'explication faite précédemment, pour ma part elles rentrent plus dans les arrangements que dans la fabrication première du morceau.


L'album se termine sur le (encore une fois) réussi « You Blaken My Stay » et Adam Green nous fait bien comprendre à travers celui ci qu'il ne cherche pas la gloire, juste à faire des chansons. A force de recherches je m'aperçois même qu'au delà des chansons c'est pour l'art qu'il vit. Peintre, photographe, chanteur, compositeur... Il s'essaye à tout avec son lot de réussites et d’échecs. De mon point de vue, qu'il reste ami avec sa guitare. Je n'avais pas aimé ce style à ce point depuis ma rencontre avec J.Cash.
Minor Love est un bonheur simple qui réconcilie les années 60 avec notre époque. 
Un grand écart qu'Adam Green maîtrise avec brio.

samedi 24 mars 2012

Running Still - Charlie Winston


Deuxième opus de Charlie Winston, « Running Still » peut il faire naître pour son interprète le même engouement qu'avait créé son prédécesseur ? Alors que « Hobo » avait littéralement envahi les ondes et les chaînes musicales au point de me dégouter du personnage et de sa musique. C'est donc avec une certaine appréhension que je m’apprêtais à écouter ce nouvel album.


Force est de constater qu'à la première écoute on reconnaît, presque trop, la patte Winston. A bien le réécouter, on s’aperçoit alors qu'il y a des rythmes de guitares à quatre accords, une section rythmique ultra présente, un harmonica et une voix qui chante/parle : bref, tout le mélange qui avait fait cartonner son grand frère « Hobo »... mais pas seulement, loin de là.


Je ne m'attarderai pas sur le single « Hello Alone ». Mise à part la réalisation du clip par Andrew Gura qui nous gratifie d'un superbe rendu photographique (oui C.W est beau, a un style « inassumable » pour le commun des hommes, et fait rêver toutes les demoiselles levant les yeux sur lui, ce n'est pas le sujet !) et d'une guitare trempée au grand dam de tous les puristes de l'instrument, ce single s’inscrit dans la suite du précédant album.
Car si les trois premières chansons reprennent la bonne vieille recette de 2009, s'en suit le Winston Nouveau, ou tout du moins, le Charlie Winston qui libéré des contraintes budgétaires et radiophoniques, tente, ose et essaye ce qui lui plait, qui laisse vivre son âme d'artiste touche à tout. Et ça marche. Charlie Winston livre un album bourré de références, avec des titres profonds et tendres à la fois. Le titre titre « Wild Ones » est une mise en abyme de cet album. Profondément ancrée dans son style, l'intro n'inspire rien de nouveau ; mais à peine le refrain entamé, les arrangements très fins et efficaces, sur lesquels je reviendrai plus en détail, font naître une envie de danser à la façon de « Lonely Boy » des Black Keys. Et surtout, on ressort du morceau en se demandant ce que l'on vient d'écouter (et de faire si l'on s'est mis à danser !)
On sort de l'album avec ce même sentiment.
Tout d'abord, C.W use du piano bien plus qu'avant, et c'est un réel plaisir que d'écouter des morceaux avec cette dominance piano/voix comme « The Great Conversation », « She Went Quietly » ou encore « Making Yourself So Lonely ». La première est une sorte de transition entre les deux albums, car même si « Speak To Me » est osée dans sa fabrication (Winston n'a utilisé que sa voix pour instrument) on reste vraiment (trop) proche de ce que l'on nous a rabâché durant les trois dernières années. Cette « Great Conversation » se tient donc sur les accords de « Moonlight Sonata » de Beethoven, et il en profite pour remercier toutes ses inspirations : nous les remercions aussi pour le résultat. Ce passage indique une suite bien plus reluisante que ne l'avait laissé espérer le très formaté « Where Can I Buy Happiness ? ».
Les morceaux passent et l'on prend plaisir à entendre la puissance des arrangements qui se développent tout au long d' « Unlike Me ». Cette chanson est des plus épurées, mais l'utilisation du xylophone la rend émotionnellement très prenante : cela n'est pas sans rappeler l’usage que les RHCP ont fait de cet instrument dans « 21st Century ». Les arrangements prennent aussi la forme de claviers « à la » Muse sur « Making Yourself So Lonely », et rajoutent sans conteste une profondeur à cette chanson d'amour perdu, ainsi qu'une sorte d'étourdissement qui accompagne si peu souvent ce genre de chanson.


Au delà de ces morceaux plus doux, l'album est dans l'ensemble plus musclé que le précédent, tout en gardant une cohérence avec le reste des chansons proposées. On a pourtant l'impression que « Rockin'In The Suburbs » ou autre « Until You're Satified » sont plus là pour tenir un numéro de plus que pour apporter une plus-value à cet opus, qui auraient mérité soit d'être mieux travailler soit de faire différents choix sur leur orientation musicale. « Until You're Satified » se cherche entre une guitare presque funk, un rythme pop et une basse très grasse... Ceci dit, ces titres seront efficaces en radio et chez toute personne cherchant à sortir du lit de bonne humeur.
L'idée de laisser planer les morceaux sur la fin, qu'ils soient posés ou secoués, est plus que réussie. Reprenant les basiques des meneurs du genre on entendrait presque le très médicalement reconnu « Teardrops » de Massive Attack à la sortie de « Summertimes Here All Year ».
Il serait injuste de réduire cette dernière à un semi-plagiat tant le texte est engagé et puissamment servi par une musique planante. A propos des textes, Charlie Winston se désolait, en souriant, dans une interview à « 3ème Gauche » que le public Français ne puisse pas plus entrevoir la profondeur de ses textes (Il est vrai que pour la plupart d’entre nous, nous chantons anglais avec la bouche pleine de marshmallow...) Et c'est bien dommage, car cet album, bien plus centré sur lui et sur une rupture difficile, fourmille de petites perles que la pop/folk/rock a oublié de pondre depuis quelques années. Le meilleur exemple reste lorsqu'il donne sa voix pour faire parler les autres : le texte de « Lift Me Gently » donne des frissons de part sa noirceur calfeutrée dans un écrin d'arpège de guitare sèche. (Bizarrement, la ballade cachée de l'album éponyme des Libertines m'était venue à l'esprit à la première écoute).

L'espace de quelques écoutes et d'une interview, Charlie Winston m'a (re)conquit avec un album ayant su évoluer vis à vis du premier née de la famille Winston. Cet album charme plus par ses ballades et autre piano/voix que par son côté explosion de son. Un album qui donne envie d'écouter le prochain et surtout de voir Charlie sur scène pour voir comment il arrange toute l'émotion contenue dans son album face à la foule. Car plus important que l'album, la scène reste pour moi le plus important dans le monde de la musique. On ne peut exister en dehors de la scène. Il ne reste plus qu'à espérer que le rouleau compresseur qu'est le monde de la musique industrielle nous laisse apprécier cet album en paix en évitant le gavage et en distillant les petites perles de Running Still.


From (The Sounds) Inside

L'idée de ce blog est de faire partager l'art que j'aime le plus: la musique. Accumulant de la musique depuis maintenant quelques années, From (The Sounds) Inside est à la fois une ré-exploration de ce que j'ai aimé et une vision de ce que je découvre et que l'on me fait découvrir. Les avis lancés sur les différents albums/concerts traités sont personnels et j'espère bien pouvoir les faire évoluer grâce aux vôtres. Je n'ai pas vocation à être un spécialiste de la critique, c'est pourquoi tout nouveau point de vu est le bienvenu.

Contrairement à ce que préconise Depeche Mode : Enjoy the Music!