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vendredi 18 janvier 2013

Wolfgang Amadeus Phoenix - Phoenix



Savez-vous ce qui contient neuf titres, est Français et a conquis les USA ? Wolfgang Amadeus Phoenix bien sûr! Il s’agit du quatrième album du groupe Versaillais Phoenix qui s’est vu remettre, s’il vous plait messieurs, un Gammy Awards, récompense prestigieuse récompensant le meilleur album de musique alternative de 2010 pour cet album. Sur le papier ça commence à peser lourd pour un petit groupe de l’hexagone. Si l’on rajoute à ceci que leur œuvre a été reprise sur plus de quinze films ou séries, ce groupe que l’on ne connait que trop peu a pourtant déjà une notoriété qui dépasse largement nos petites frontières. Et même s’ils ont du mal à se faire connaitre au sein de leur propre pays, Phoenix est une vague qui a déjà submergé le Royaume Uni, l’Allemagne le Japon et surtout les USA. Vous direz bien que Mireille Mathieu fait un tabac en Chine et que personne n’en parle, mais contrairement à elle Phoenix s’est vu offrir la possibilité de jouer dans la salle mythique du Madisson Square Garden en 2010 réalisant ainsi l’exploit (non réédité) d’être le premier groupe ou artiste Français à se produire sur des planches qu’ont foulé Led Zeppelin et bien d’autres groupes de cette stature.


Malgré cette reconnaissance mondiale, c’est encore une fois grâce à un ami m’ayant fait rester à un concert de plus au Musilac (Pour ceux qui me suivraient depuis quelque temps, le même ami que pour Pete Doherty !) que j’ai eu le bonheur de les acclamer sur scène et d’être impressionné par la qualité de reproduction entre album et scène. Si je marque ce point en particulier c’est que Phoenix pratique ce que l’on pourrait appeler un Rock Chirurgical, précis au millimètre. Or reproduire ce genre de performances sur scène est souvent bien trop complexe et l’on assiste alors souvent à un concert creux au possible… Vous l’aurez compris ce ne fut pas du tout le cas de Phoenix qui, fort de 7 musiciens sur scène, nous a offert un show complet n’hésitant pas à reprendre avec brio des chansons essentiellement musicale comme « Love Like A Sunset ». 

Celle-ci fait d’ailleurs parti de l’album du jour : Wolfgang Amadeus Phoenix. Elle va aussi m’aider à expliquer le terme inventé par mes soins quelques lignes plus haut, « Rock Chirurgical ». Phoenix est connu pour avoir l’habitude d’ajouter de multiples couches d’instruments les unes par-dessus les autres sans que ce ne soit agressif pour l’oreille ou que la mélodie ou l’ambiance ne se perde dans un méli-mélo de son se marchant les uns sur les autres. J’ai pour habitude de comparer l’ajout de plusieurs couches à une autoroute chinoise à douze voies. Si vous écoutez un album acoustique en guitare/voix ou piano/voix vous utilisez deux des voies et l’oreille fat largement la distinction entre les deux parties proposées. Si vous écoutez du Rock avec un groupe à la formation chanteur/guitariste/bassiste/batteur (ne voyez surtout pas ici un ordre d’importance) et bien vous aurez quatre ou cinq (tout dépend de l’utilisation de secondes guitares ou non) voies d’utilisées dans votre autoroute de musique, c’est toujours audible mais s’il l’une se bouche ce qui reviendrait à un mauvais réglage avec une guitare passant sur la voix, le morceau n’est plus bon. Puis il y a ceux qui aiment tenter de rajouter plein de piste et ainsi remplir toutes nos routes auditives. Cette surenchère de piste a un risque, que l’on n’entende plus rien ! C’est un peu le cas du dernier album de Raphaël qui sans être mauvais, à force de tenter de rajouter de petits éléments, nous perd et rend son album difficilement écoutable. D’autre comme Phoenix maitrisent à merveille ce procédé. L’exemple le plus flagrant est « Love Like A Sunset » qui se voit agrémenter au fur et à mesure des trois premières minutes de pas moins de dix mélodies et rythmique différentes dans un crescendo des plus réussi. Puis il y a une déconstruction de ce crescendo et la création d’un autre avec de nouveau une accumulation de sonorités pour finir par créer autour de la cinquième minute deuxième point d’orgue. La fin de la chanson se forme sur les restes de la mélodie précédente. Un petit bijou de construction musicale. 

  
Tout au long de cet article j’ai usé du terme Rock pour désigner cet album, en réalité il couvre bon nombre d’influences circulant dans les veines de ce groupe. Il est quasiment impossible de ne pas sentir l’électro des Daft Punk comme sur « 1901 » ou les envolées planante de Sébastien Tellier (« Love Like A Sunset »), amis proche du groupe. Ainsi des morceaux comme « Lisztomania » (hommage à Liszt, grand compositeur Hongrois dans la même veine que Chopin), « Lasso » et « Armistice » sont de petits bouts de Rock dont la production par Cassius leur a ajouté ce côté propre et poli de l’électro. A l’inverse certaines pistes peuvent se revendiquer en tant que Pop arrosée de French Touch à la manière de « Fences » ou « Countdown (Sick For The Big Sun) ». Une constante est cependant présente dans chaque morceau, la régularité avec laquelle ils parviennent à rendre le morceau d’une propreté musicale rare. Par propreté, il faut comprendre que chaque détail fut minutieusement travaillé et retravailler pour un résultat d’une finition impeccable. 


Créant sa musique sans ambition de reconnaissance depuis 1999, Phoenix a pourtant de sérieux arguments à proposer au public Français. Il est impensable qu’un groupe qui forge notre réputation de musicien hors pair outre-manche et outre-Atlantique ne trouve jamais une reconnaissance dans son pays d’origine. Alors certes, il existe des fans de Phoenix en France, mais qui sont-ils par rapport à toute cette masse qui ne les connait même pas de nom. Alors, pour le bien de la musique Française dont nous pouvons être fier n’importe où sur la planète, écoutez Phoenix et son futur album prévu pour cette année !

vendredi 14 décembre 2012

Grace/Wasteland - Pete Doherty



Le temps passe vite. Il y a peu je me suis souvenu que je vous avais promis d’aborder l’album solo de Pete Doherty lors d’un article précèdent sur les Libertines. J’essaye de ne pas être redondant dans mes évocations d’artiste histoire de ne pas toujours tourner sur les mêmes références, c’est pourquoi avant d’attaquer toute écriture je me suis replongé dans mon blog pour trouver ledit article. Il date de Juillet… Autant pour la redondance ! Je peux donc vous présenter Grace/Wasteland sans risque, et surtout avec beaucoup de joie car c’est un album qui, comme peu, a réussi à ne pas se faire éjecter de mes platines après d’innombrables écoutes.
Je vous ai déjà expliqué ma « rencontre » avec cet artiste spécial, je n’y reviens pas, même si mon affection toute particulière pour cet album et ce fameux concert sont forcement et fortement liés. 


Il faut dire qu’avec un album acoustique, je ne pouvais qu’être conquis. Amoureux de la Folk, je suis servi sur un plateau d’argent par l’une des voix les plus Rock de la planète, les mélanges ont parfois du bon.
 A sa sortie des Babyshambles en 2007, Doherty se dit fatigué (et surtout sous l’emprise de la drogue) et annonce à la presse qu’il arrête la musique pour un temps. La trêve qu’il s’impose n’est que feu de paille devant son envie toujours croissante de composer et déjà il se remet à écrire. Les rumeurs vont dans le sens d’un album tout à fait diffèrent de ces anciennes productions et l’on annonce des « featurings » avec beaucoup de monde, trop de monde. C’est dans ce contexte à demi cachotier que Pete passe un an sur l’écriture et une autre année à l’enregistrement de ce nouvel opus à Londres chez Olympus Studio. (Ni plus ni moins que l’un des studios favoris de Led Zeppelin et de The Who, autant ne rien se refuser !) C’est ainsi que sort en 2009 Grace/Wasteland, album n’usant d’aucun instrument électrique (exception faite pour « Broken Love Song » qui contient des vibratos de guitare électrique) et gardant pourtant un volume rare pour ce type d’album.


Il est vrai que les albums folks ont cette fâcheuse manie de paraitre creux ou répétitif une fois les singles passés. Je pense ici à un artiste Américain prometteur lors de ma première écoute du titre « Jolene ». J’avais envie de partager cette douce Folk de New Hampshire mais au bout de deux chansons, tout se ressemble… C’est dommage, et ce n’est surtout pas le cas de Doherty qui avec tout son talent et toute sa malice nous transporte dans différentes atmosphères au grès des collaborations qui ont façonné la création de Grace/Wasteland.  

Car si beaucoup d’artistes étaient attendus en duo où derrière les potards ce ne sont finalement que des proches qui participèrent à l’élaboration du disque. Ainsi Carl Barat, ancien Libertines fut convié à la confection de « A Little Death Around The Eyes ». Pas la peine de souligner le caractère morbide de cette influence (chose mise aussi en avant lors de sa collaboration sur le dernier Biolay), Barat aime le sombre et les violons du background rendent baroque une chanson qui aurait pu rester des plus basiques. Les autres participations extérieures sont des guitaristes plus ou moins reconnu (Graham Coxon de Blur ou Peter Wolfe) se succédant derrière la six cordes donnant cette fabuleuse impression d’entendre de multiples sonorités avec le même instrument au fil des chansons. Le seul vrai duo nous fait découvrir la douce voix de l’écossaise Dot Allison sur « Sheepskin Tearaway », rare chanson à avoir un vrai côté joyeux, mêlant douceur et mesquinerie dans leur dialogue le long de la mélodie, c’est un bol d’air frais au milieu d’une ambiance qui sans être oppressante se ressent être pesante. Le plaisir de la Folk fait que ceci ne donne pas comme dans le Rock un univers poisseux mais une certaine mélancolie flottant dans l’air, nous enveloppant et nous berçant. (« Salome », qui pour le coup est aussi une référence à l'une de ses idoles: Oscar Wilde) La multitude d’instruments utilisée lors des enregistrements n’est pas pour rien dans l’épaisseur musicale offerte par la plupart des chansons, que ce soit le classique piano ou le plus inattendu accordéon ou xylophone, chacun a permis à cet album de ne pas se dégonfler après cinq minutes d’écoute.

Il est vrai que la plupart des textes recueillent des références à la mort comme « New Love Grows On Trees » ou aux malheurs amoureux «Broken Love Song ». Derrière il est des chansons sur le passé («1939 Returning »)  ou sur son amour pour son pays et sa poésie. (« Arcadie ») Et s’il est bien une qualité indéniable à Pete Doherty, c’est bien son talent d’écriture. Les paroles coulent dans l’oreille sans accros et toujours avec beaucoup de style. Si bien que les carnets de route de l’homme ont été reproduits et vendu en version original, une belle acquisition pour tout fan ou simple amoureux des mots trouvant la littérature anglaise un peu trop complexe dans le texte. Le titre même de l’album Grace/Wasteland est une façon poétique de résumer la vie de Doherty. La grâce tout d’abord, avec cet album ou plus généralement son travail, fruit du talent et de la recherche d’un homme en constante innovation, en permanence créativité. Puis le Wasteland, la désolation, sa vie décousue d’homme « addict » aux substances illicites. Certains diront que c’est grâce à celles-ci qu’il peut écrire de telles choses, je préfère le croire habile avec les mots et sa guitare même sobre. Mais cette vie de débauche vitale ne lui permettra pas de durer aussi longtemps que nous le souhaiterions. Et quand bien même il passerait entre les gouttes de l’overdose, est-ce bien raisonnable de continuer s’il est obligé d’annuler des concerts aux derniers moments, ou d’arriver saoul sur scène ? Non, surement pas. Ce serait continuer de gâcher son talent.


Depuis Grace/Wasteland, Doherty n’a plus produit et s’est penché sur la mode avec la marque The Kooples et prétend être au-devant d’un nouvel album… de rap ! De sa part rien n’est impossible et contrairement à ce qu’il préconise dans la dernière chanson « Lady, Don’t Fall Backward », il serait bien capable de nous faire tomber de notre chaise !

vendredi 30 novembre 2012

Vengeance - Benjamin Biolay

L’article du jour a de quoi en surprendre plus d’un, à commencer par moi-même. Pourquoi, me direz-vous ? Tout simplement parce que l’artiste du jour ne m’intéressait pas, au plus haut point, il y a de ça à peine deux mois ! J’avais des aprioris négatifs tant sur sa personne que sa musique. Je lui trouvais cet air pédant qu’ont les chanteurs « bobos » et ses chansons (enfin, le peu que j’en avais alors écouté) me semblaient creuses et pleines du malheur des gens qui n’ont besoin de rien.


Avec toute ces idées prémâchées, il n’y avait que peu de chance que Benjamin Biolay, car c’est de lui qu’il s’agit, ne parvienne à mes oreilles et encore moins qu’il termine sur ce blog. Ce n’est que grâce à la persévérance sans limite de mon collaborateur/ami Paul que cela et possible aujourd’hui. Ayant sans aucun doute tout tenté durant des années pour m’en faire écouter une bribe par ci par là, c’est en désespoir de cause qu’il me balança un jour « Essaye au moins Trash Yéyé,  il fut encensé par Alain Bashung… » Si le grand Bashung y trouvait son compte, c’est qu’il devait y avoir quelque chose que je n’avais pas trouvé. 
Bizarrement, c’est La Superbe qui fut le premier album de Biolay à me parvenir et ce fut une révélation ! Musicalement, on était très loin du vide attendu et le sens même de certaines chansons me touchait bien plus que je n’aurais pu l’imaginer auparavant. L’article du jour ne traite pas cet album mais écoutez « Brant Raphsodie », « La Superbe » et « Ton Héritage », sans doute le condensé de ce que Biolay fait de mieux.


Ou tout du moins, avais fait de mieux sur cet album, car celui du jour, Vengeance, n’est pas mauvais du tout non plus ! Sorti il n’y a même pas un mois, c’est avec une attente non dissimulée que je me le suis procuré. J’avais un peu peur d’avoir tout entendu de lui. Lors ce que je « découvre » un artiste, je l’écoute jusqu’à l’overdose ; je craignais d’avoir atteint ma limite et si l’album n’atteignait pas mes attentes, il tomberait aux oubliettes. Comme vous vous en doutez, j’en parle aujourd’hui alors c’est qu’il m’a agréablement surpris. Je n’irais tout de même pas jusqu’à « comblé » car tout n’est pas parfait dans ce nouvel opus mais la majorité des idées misent en place démontrent, s’il le fallait encore, l’étendue du talent de celui que l’on surnomme facilement BB.

La bonne idée de Vengeance est la multitude de duo. La moitié de l’album en est composée, ce qui n’est pas négligeable pour un album dit « solo ». Ces duos sont nés pour la plupart du fait que Benjamin Biolay n’est pas que chanteur, c’est aussi un producteur et un amoureux de la musique en général. C’est ainsi, alors qu’il finissait tout juste d’écrire « Profite », que Vanessa Paradis venant s’enregistrer dans le studio d’à côté, s’est vu proposer de l’accompagner. Le résultat est probant ! La mélodie douce-amère liée aux deux voix est une grande réussite ! Sur ce même principe Oxmo Puccino, aussi produit par BB, a pu griffer de sa patte Hip Hop un titre de Vengeance : « Belle Epoque ». Pour d’autre, ce sont des rencontres lors de projet totalement différents qui ont abouti à certaine chanson en duo. Je pense ici à ma chanson préférée de l’album au titre éponyme à l’album, « Vengeance ». Ce duo avec Carl Barat (déjà évoqué dans From (The Sounds) Inside pour son album avec Pete Doherty au sein des Libertines) est une merveille. Ils se sont rencontrés lors d’une pièce de théâtre de Monteverdi revisitée pop. L’amitié est directe et BB invite Barat sur l’un des titres. La voix grave de C.Barat plonge encore plus l’ambiance déjà sombre dans les abysses de la rancœur. Ses basses phrases prononcées sur les partitions de violons sont du velours à l’oreille. 
C’est ici d’ailleurs toute la force de Biolay, créer des ambiances de folies. Musicalement parlant, il pousse toujours plus le mélange des genres avec une finesse rare. N’hésitant pas à placer des rythmes électro sur les violons qui ont formé son originalité. Prenez « Venganza », l’introduction laisse présager les douces plages d’Argentine dans ces accords chauds, cette impression s’empresse d’être confirmée par la surprenante voix espagnole de Sol Sanchez. Mais revirement de situation, c’est un rythme froid d’électro qui accompagne cette voix si douce sur le couplet, avant d’être rejoint par les violons et Biolay sur les refrains. Je ne sais quelle est la recette pour réussir de tel mélange, mais ces cocktails de styles sont exquis.

Avec tous ces compliments sur les duos, n’allez pas croire que Biolay n’a pas su se faire de bonne chanson pour lui ! Ne serais-ce que la première chanson de l’album est bonne, « Aime Mon Amour » est rythmé à la sauce Biolay, avec des paroles toujours aux sens multiples et un refrain sortant n’importe quand des trompettes réchauffant encore plus l’atmosphère. Toutefois, si je ne peux placer cet album au-dessus des autres, ça sera sans doute par le classicisme de quelques-uns des morceaux solos. « L’Insigne Honneur » n’est pas à mon gout, BB n’aura pas réussi à faire peau neuve de son rythme 80’s et même si les paroles se targuent d’avoir quelque jeux de mots intéressants, il en faut plus pour arriver à concurrencer le reste de l’album. De même pour « Trésor, Trésor » qui pourrait passer pour une ballade « Gainsbourgienne » mais qui finalement se termine en un morceau bien trop lent qui s’asphyxie tout seul. C’est dommage car d’autre chanson sont quant à elle léchée façon Biolay tel « Le Sommeil Attendra » ou « La Fin De La Fin » et même si on aurait pu les entendre sur de précèdent albums, on se réjouit d’instants et d’ambiance dont on connait déjà les moindres recoins.


La fin de l’album est bien plus pesante que le début, les duos d’Orelsan (bien meilleur que je n’aurais jamais pu l’imaginer) et celui avec Carl Barat plonge cette fin dans une sorte de mélancolie grisonnante, c’est pourquoi la dernière chanson est un bijou. « Confettis » avec Julia Stone et son petit accent Australien chantant en Français sur un air des plus léger permet de sortir la tête de l’eau, comme de se réveiller d’un mauvais rêve en ouvrant les yeux sur une belle journée !  Biolay réussit cet album, bien plus accessible que ces précédents et pourtant toujours aussi recherché, Vengeance peut sans doute devenir l’une des meilleures ventes de cette fin d’année. Pour une fois qu’un bon musicien et parolier se voit récompenser par le large publique autant s’en réjouir !

vendredi 6 juillet 2012

The Libertines - The Libertines


Cette semaine j'aimerais partager une rencontre musicale qui n'a failli jamais se faire. Je la dois à un ami (qui, je l’espère, se reconnaîtra) qui un soir de festival m'a fait rester pour un concert de plus : celui de Pete Doherty.
Avant ce concert je ne connaissais de lui que ses frasques avec sa douce Kate Moss et leur poudre blanche qui leur était si chère. Après, j'avais vu l'artiste. J'avais vu un homme seul capable d'enchanter 30000 personnes avec une guitare Folk et sa voix. J'étais abasourdi. C'est pourquoi en rentrant, en plus d'écouter son sublime album solo (qui ne devrait pas tarder à être le sujet d'un article) je me suis plongé dans ses anciennes collaborations. La meilleure est sans nul conteste pour moi le dernier album des Libertines sobrement nommé The Libertines.
Partageant la tête du groupe avec Carl Barat, ils enregistrent en un temps record cet album dans une ambiance des plus délétère. Et pourtant, le résultat est époustouflant, pas toujours égale dans la réalisation mais c'est cette ambiance Rock fait dans l'urgence qui résume le mieux l'état d'esprit de cette collaboration, et parfois ce qu'on attend du Rock c'est qu'il déménage peu importe comment.


L'impression générale qui ressort de cet album, c'est l'urgence. L'urgence de faire de la musique avant que le besoin de « drogue » ne revienne, avant qu'une énième prise de tête éclate entre les deux leaders. De cette urgence naît une vitalité hors norme. C'est d'ailleurs la raison principale de mon aliénation à cet album : une vitalité qui se transmet avec facilité malgré l'agressivité de la plupart des titres. Il y a plusieurs variables qui ont permis à la vitalité de déborder de chaque morceaux.
Tout d'abord, et j'en ai déjà parlé plus haut, l'urgence, la vitesse d'écriture est mise en jeu. Nombre de morceaux sont écris après les concerts ou durant les trajets entre ceux-ci. C'est cette fougue d'écriture et de composition qui nous permet d'écouter les titres « Tombland », « Arbeit Macht Frei » ou encore « The Saga ». D'ailleurs, en introduction je parlais d'une production inégale ; et bien l'exemple est ici marquant que musicalement ça va très vite, les arrangements sont inexistants et les paroles ont dues être écrites sur un bout de nappe. Heureusement que l'âme du Rock coule dans ce méli-mélo de guitare, car si peu de travail post-écriture est préjudiciable pour la plupart des groupes tentant expériences du Rock à la va-vite. Il ne faut cependant pas se leurrer. Des pistes d'à peine plus d'une minute ne peuvent pas être de qualité, ou tout du moins de la qualité que l'on espère, que l'on attend d'un tel groupe. Pour avoir des chansons plus construite il faut attendre que Doherty et Barat utilisent leur deuxième levier à vitalité: leurs talents.
Car oui, malgré une entente presque inexistante par moment, les deux hommes jouissent d'un talent hors norme pour faire de la musique, spécialement du Rock lorsqu'ils sont tout deux. Même si ce ne sont pas des Stakhanoviste de la post-production ils n'en restent pas moins des génies du riff et apparaît ainsi des bijoux bien plus aboutis que les chansons citées plus haut. Parmi celles-ci se cachent mes favorites et c'est bien normal, on ne peut que s'incliner devant certain tant de créativité. Bizarrement, ce sont les chansons les moins énervées que nos deux excités réussissent le mieux :« Music When The Light Go Out » et « What Katie Did » sont, à mon sens, deux piliers sur lesquels se reposent l'album. (Doherty reprend encore en concert la première lors de ses performances solos.) Pour les amoureux de rythmes plus fous, font partis des titres les plus aboutis « The Man Who Would Be King », « You Can't Stand Me Now » et « Road To Ruin » avec une mention spéciale pour ces morceaux qui bénéficient d'une très bonne utilisation du duo de guitares avec un partage laissant libre court aux imaginaires des deux protagonistes à savoir plus mélodique pour Doherty avec des petites notes se superposant et plutôt les bases rythmiques pour Barat. La chanson « What Became Of The Likely Lads » est sans aucun doute la meilleure utilisation du duo de chant, utilisant de réponses et d’écho l'un de l'autre avec encore une fois les partitions des deux guitares qui ne se montent pas l'une sur l'autre. C'est ma chanson préférée de l'album mêlant l'agressivité et la finesse d'un groupe ayant du mal à se trouver un équilibre et qui semble avoir attendu la dernière chanson pour le trouver.


La dernière force des Libertines est d'avoir réalisé des enregistrements en une seule prise, et même parfois de plusieurs chansons à la suite. C'est un atout majeur dans la puissance que transmet le contenu de cet album. J'ai critiqué en amont de cet article le manque de post-production. Et bien, ils arrivent, grâce à une sorte d'album semi-live, à s'échapper de cette tache et des lourdeurs qu'elle peut entraîner. C'est un joli pied de nez à toute cette industrie du disque qui travaille pendant des heures à l'AutoTunes pour obtenir un résultat formaté au maximum. Ici rien n'est plus brut et vivant qu'un groupe jouant à l'unisson. Si plusieurs morceaux bénéficient de ce traitement on peut l'entendre clairement sur la transition entre« Narcissist » et « The Ha Ha Wall » qui n'existe tout simplement pas puisqu'elle est remplacée par un pont musical indiquant même aux moins avertis que le groupe n’arrête pas de jouer et surtout joue ensemble. Cela peut paraître futile d'avoir un groupe qui enchaîne les enregistrements, mais quiconque a déjà essayé de s'enregistrer en groupe ou seul, sait que cela relève d'une grande maîtrise.


L'album se termine sur une chanson cachée : « France ». Un superbe morceau tout acoustique. C'est à se demander comment les créateurs d'une telle finesse peuvent être les auteurs de « Campaign Of Hate ». Toute la mélancolie apportée « What Became Of The Likely Lads » se voit explorée lors de « France ». Finalement c'est le seul vrai reproche que l'on peut faire à Libertines : aborder les thèmes, réussir à les mettre en place brillamment par moment mais de ne pas assez les traiter, de ne pas les avoir fouiller. Comme s'ils avaient eu peur de se livrer l'un à l'autre, de crainte que l'un prenne le dessus sur le groupe, groupe qui ne finira pas sa tournée liée à cet album, écartelé par deux egos de la musique moderne.