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vendredi 28 décembre 2012

Rétro 2012

Les fêtes de Noël battent leurs pleins alors pas d'article à proprement parlé pour cette semaine. J'ai bien tenté de me faire un top 5 ou 10 des albums m'ayant le plus marqué mais à chaque fois j'estimais qu'il en manquait un ou deux qui méritaient de figurer sans pour autant avoir envie d'en faire sortir d'autre. C'est pourquoi je vais plutôt vous faire une rétro 2012 légèrement différente de ce que je pensais au début. La musique étant inhérente à nos vies, nous l’associons souvent à des faits et gestes ou des souvenirs et bien c'est avec ces souvenir que je vous présente mes albums les plus écoutés de 2012.

C'est ainsi que j'ai :











- Travaillé avec Scala: Concert de Ludivico Einaudi










- Me suis reposé avec Greatest Hit de Bob Dylan










- Commencé un blog avec Running Still de Charlie Winston










- Été époustouflé sur scène avec Silence On Tourne, On Tourne En Rond de Thomas Dutronc










- Me suis remémoré des concerts sublime avec Live From Madison Square Garden d'Eric Clapton et avec le  Live 360° de U2















- Plané avec An Awesome Wave d'Alt-J









- Bronzé avec The Song Remains The Same de Led Zeppelin









- Été déçu avec The 2nd Law de Muse






- Été agréablement surpris avec Long Courrier des BB Brunes









- Eu de la nostalgie avec Rumours de Fleetwood Mac









- Découvert les papys du Rock avec Undercover des Rolling Stones










Et s'il existe un album qui reste et restera une constante au fil des années qui passent, il s'agit bien évidement du Joshua Tree de U2


Et c'est donc avec cette petite liste (qui mériterait d'être plus étoffée!) que je vous souhaite de bien finir l'année!

vendredi 9 novembre 2012

Trois films – Trois légendes – Trois réalisateurs



Dans le premier article de cette rubrique, j’avais fait remarquer que la musique prenait le second rôle sur grand écran, laissant la place à l’image. Mais ce n’est pas toujours le cas ! Nombreux sont les biopics, les documentaires ou encore concerts filmés. En préparant cet article je voulais me pencher sur trois documentaires et les décortiquer un à un. C’était sans compter sur ces films qui m’ont surpris et qui se sont avérer ne pas être du tous des documentaires au sens où je l’entendais !
J’ai donc regardé pour vous: « Shine A Light » - « I’m Not There » - « From The Sky Down » Le premier m’intriguait depuis longtemps, je savais que Martin Scorsese avait tourné avec les Rolling Stones, et il m’avait semblé avoir ici un documentaire sur le groupe Anglais. D’ailleurs même sur Allociné, il est référencé « documentaire ». Cependant, il s’agit en réalité d’un concert de charité filmé par Scorsese avec les moyens de Scorsese, le résultat est fort intéressant. Pour le deuxième, je savais que je n’avais pas  à faire à un film « normal » avant visionnage. Mais cette fresque de la personnalité de Bob Dylan est tout bonnement renversante, tant par la profondeur du personnage que par la qualité de la réalisation. Seul le troisième est un documentaire au sens propre du terme. « From The Sky Down » a été tourné à l’occasion du 20ème anniversaire de la sortie de l’album mythique de U2 : Achtung Baby.



C’est donc avec trois réalisateurs, trois légendes de la musique et trois films totalement différents qu’il faudra composer aujourd’hui. Voyons si après tout, il existe un style faisant vivre la musique à l’écran plus qu’un autre.

Martin Scorsese entouré des Stones
Comme vous vous en doutez, chaque réalisation est différente et elles s’accompagnent de leurs qualités et leurs défauts. Si je prends « Shine A Light », celui qui, avouons-le, m’a presque déçu car les parties explicatives sur les Stones que j’étais venu chercher sont bien trop courte à mon gout. Martin Scorsese, adorateur des Stones, a voulu les filmer lors d’un concert au Beacon Theatre de New York et la prise de vu du concert est sublime. Le coup d’œil et la mise en place d’un dispositif complet (voir même lourd à supporter pour les spectateurs qu’on imagine bien se pencher dans tous les sens pour éviter d’avoir la caméra devant les yeux.) sublime une performance réussie pour les papy du Rock ! D’ailleurs les interventions de Jack White et de Christina Aguilera sont de vrais bonus.

 Mais comme je le disais, je cherchais plutôt dans ce film une partie documentée, avec de vraies informations sur le comment du pourquoi « Rolling Stonnien » ! Que nenni ! Martin n’en a que pour les beaux yeux de Mick, et toute l’énergie qu’il peut transmettre sur scène est parfaitement retransmise par son fameux admirateur. On peut cependant se réjouir de la première partie du film faisant place (en noir et blanc s’il vous plait) à l’avant concert. Seule miette documentaire, on s’amuse de « l’énervement » du réalisateur devant autant de décontraction de la part des Stones. Mais Scorsese n’en était pas à son coup d’essai avec les stars, il avait tourné trois ans plus tôt un biopic sur Dylan avec Dylan. Or tout le monde sait que de nos jours, l’ami Bob n’est pas toujours simple à diriger…

Pour éviter tout problème avec le leader de la Folk, Todd Haynes réalise « I’m Not There » non pas avec un Bob Dylan, mais avec six Bob Dylan ! Aucun d’eux n’étant le vrai, chaque acteur représente une facette de l’homme ayant chamboulé le monde de la musique et de la poésie moderne. Lorsque j’évoque six acteurs, je n’évoque pas des inconnus : Christian Bale, Richard Gere,Heath Ledger, Ben Wishaw, (un jeune garçon noir !) Marcus Carl Franklin et même une femme (avec une prestation à couper le souffle) Cate Blanchett et aucun d’eux n’aura jamais le nom de Bob Dylan, mais une multitude de référence à ses chansons et ses surnoms. En marge de ce superbe casting nous trouvons encore Charlotte Gainsbourg jouant une de ses femmes. Ils prennent tour à tour le poète, le prophète, le hors-la-loi, l‘imposteur, le comédien, le martyr et le "Born Again" ; autant dire que les performances d’acteurs se suivent et ne se ressemblent pas. C’est du point de vue du storytelling de Haynes fait mouche. Il mélange allégrement toutes les parties de la vie de Dylan, si bien qu’on ne sait plus qui du poète ou du comédien donne naissance au prophète et inversement. C’est à la fois déstabilisant, peu de films jouent aussi bien avec la ligne temporelle sans se perdre dans des explications douteuses, et à la fois grisant. On se sait perdu mais qu’importe, avec en permanence Dylan en fond sonore, on se délecte de chaque instants que nous offre cette ribambelle d’acteurs plus géniaux les uns que les autres.

 D’un point de vue personnel, et ne connaissant pas parfaitement la vie de Bob Dylan, je suis ressorti d’ « I’m Not There » avec la sensation d’avoir appris quelque chose sur Bob Dylan mais pas sur sa vie. Comme si, le pari de Todd Haynes avait été de nous plonger DANS Dylan au lieu de nous installer sur la route AVEC Dylan. Si c’est le cas, c’est une réussite. Ce n’est pas pour rien que ce film fut doublement primé à la Mostra de Venise en tant que « Grand Prix Spécial du Jury » et « Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine » pour Cate Blanchett. Nous sommes très loin d’un documentaire mais peu importe l’histoire et trop bonne pour être dépréciée.

Ce qui nous emmène à « From The Sky Down ». Avant de commencer, je dois vous avouer que je suis un immense fan de U2. Mes attentes étaient donc énormes lorsque j’ai lancé le film pour la première fois. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas parce que je suis un fervent admirateur que j’aime tout ce qui porte le logo U2. J’avais, par ailleurs, été assez déçu par le documentaire « Rattle And Hum » qui montrait un groupe aux antipodes du plaisir, chose ahurissante quand on sait le bonheur qu’ils transmettent sur scène. Depuis, les quatre Irlandais n’hésitent pas à se moquer allégrement d’eux même et de leurs prestations. « From The Sky Down » est né de la préparation du premier concert de U2 au festival de Glastonbury, qui coïncidait avec le 20ème anniversaire d’Achtung Baby. Le groupe est donc allé sur demande de Davis Guggenheim (réalisateur du film) répéter dans les locaux ayant vu naitre le chef d’œuvre. Je ne raconterai pas l’histoire passionnante qui se cache derrière cet album, d’ailleurs il n’y a pas qu’une histoire, c’est une multitude d’anecdotes qui ont fait apparaitre Achtung Baby. Je dévoilerai juste qu’à l’instant d’entrer en studio à Berlin, soit en sortait un album de la qualité de celui sorti, soit le groupe mourrait en essayant de le créer. Davis Guggenheim, qui avait déjà tourné avec The Edge pour « It Might Get Loud » (sans doute un futur article !), a eu la bonne idée d’entremêler images du passé avec interview d’aujourd’hui. Si bien que nous voilà raconter le long et sinueux processus créatif par le plus grand groupe du monde. C’est un vrai régal. 

Bono - Davis Guggenheim - The Edge
On touche du doigt la rigueur d’une répétition, et le sérieux (voir même le perfectionnisme) du groupe lors de reprise de leurs propres chansons. Comme je l’évoquais plus haut, les anecdotes pleuvent et les inédits aussi, ainsi j’ai été scotché par le « Love Is Blindness » de The Edge ainsi que par l’histoire se cachant au dedans. Le vrai plus de Davis Guggenheim est d’avoir su mettre le groupe à l’aise, il a ainsi pu filmer la joie de vivre même après plus de 35 ans de vie commune de Bono, The Edge, Adam Clayton et de Larry Mullen Jr. Le film se conclut sur l’entrée en scène à Glastonbury, la chair de poule est de rigueur tant l’émotion est grande, car  après tout ce que l’on a appris sur Achtung Baby, il nous appartient un peu plus qu’auparavant et nous serions prêt à le défendre sur scène avec eux !


Que ce soit Davis Guggenheim, Martin Scorsese ou Todd Haynes, ils ont chacun à leur manière rendue hommage à une légende de la musique moderne. Et même si j’aurais aimé plus de documentaire pour les Stones, même si certains regrettent le manque de linéarité dans « I’m Not There » ou la surexposition de Bono ; je suis obligé d’admettre qu’à chaque fois j’ai pris un immense plaisir à regarder ces films. Bien entendu je vous les conseille, n’ayez pas peur d’être lassé, la musique est le meilleur des suspens, on ne sait jamais quelle note va naitre après la dernière jouée !

vendredi 26 octobre 2012

Vise Le Ciel (ou Bob Dylan Revisited) - Francis Cabrel (Mais pas que!)

A la lecture du titre, certain se disent déjà « Encore du Cabrel, comme s’il n’y avait pas assez d’artistes à chroniquer ! » Ils ont sans doute raison, après tout, tant qu’à faire un blog musical autant varier les plaisirs, les genres et les chanteurs. Mais moi, j’adore Francis Cabrel. Je l’aime d’autant plus qu’il reprend, dans son nouvel album sorti cette semaine, une autre de mes idoles de la Folk : Bob Dylan. C’est donc tout naturellement qu’il devient le premier artiste de From (The Sounds) Inside à se voir consacrer une deuxième chronique. Alors pour contenter tout le monde, je profiterai de cet album pour aborder le thème de la reprise, des « Cover » comme aime le dire les plus anglophones d’entre vous, dans le monde de la musique.


Je ne présente pas Francis Cabrel, monolithe de la musique Française, prêcheur du bon gout musical et de la réserve médiatique. N’hésitez pas à lire le précèdent article sur ce qui restera pour moi l’un des meilleurs albums Français.
Il va donc de soi que Vise Le Ciel est un bon album. Vous pensez sans doute qu’en reprenant Dylan, le risque était minime tant ses chansons touchent au génie ; ce n’était pas gagné pour autant. Le phrasé de l’Américain n’est pas simple à traduire, sans parler qu’il ne fallait pas non plus tomber dans la facilité au niveau des arrangements car, ceux de Dylan sont, avouons-le, déjà mythiques.
C’est donc avec un certain défi que Cabrel s’attaque à onze titres, plus ou moins connu, de son idole absolu. Ce n’est pas la première fois qu’il traduit Monsieur Dylan, déjà sur son précédent album Des Roses Et Des Orties il avait repris « She’s an artist » avec brio. Il admet pourtant lui-même qu’il ne sait pas faire de chansons, qu’il doit tout à son mentor : « C’est Bob Dylan qui m’a appris à chanter, […]  j’écris comme il m’a appris.». 

Et bien, Dylan aura été bon professeur car, mis à part « Comme Une Femme » qui penne à suivre l’original (ou peut être qui voulant trop le suivre perd en fluidité), le reste de l’album est tout bonnement un régal. Je porte une mention spéciale à la reprise de « All Along The Watch Tower » noté « D'En Haut De La Tour Du Guet »  sur l’album du Français. Cette chanson fut reprise par les plus grands (Jimi Hendrix, U2, Keziah Jones, Pearl Jam et j’en passe…) sans jamais vraiment se voire changer, transformer. Cabrel, lui a eu la bonne idée de changer l’orchestration, si bien qu’il aura fallu attendre que je me traduise les paroles pour m’apercevoir de la transformation opérée. De même pour « Il Faudra Que Tu Serves Quelqu’Un » qui est gratifié d’une guitare « slide » pour notre plus grand plaisir. C’est par petites touches, sans sembler vouloir se les approprier réellement, que Cabrel nous fait découvrir et redécouvrir la Folk si douce et chaleureuse de Bob Dylan. Bonus pour les non-anglophones, les textes sont traduits pratiquement mot à mot des textes originaux. Ce détail a par ailleurs agacé Francis Cabrel qui explique la gêne qu’il eut pour harmoniser ses traductions ainsi : « Le problème avec l’anglais, c’est qu’en une phrase Dylan fait passer cinq images, c’est une langue compacte. Alors qu’en Français, avec la grammaire et les règles de syntaxe, sur une même phrase j’ai, malheureusement, du choisir deux ou trois image et donc en perdre par rapport à l’original. » Qu’il se rassure, que ce soit « Je Te Veux » ou même « Comme Blind Willie Mc Tell » (un vrai délice de Folk/Blues) la traduction n’enlève rien à l’esprit premier de la chanson.

Francis Cabrel n’est pas le premier à reprendre le répertoire d’un autre artiste pour lui rendre hommage. (Je passerai sous silence ceux qui pour « relancer » leur « carrière » trouve de bon gout de massacrer « A Nos Actes Manqués » de Jean Jacques Goldman…) Pour certain, comme Eric Clapton, le style qu’ils abordent s’y prête bien. Le Blues a des racines si lointaine qu’il semble impossible de rendre hommage à tous ceux qui inspirent les grand Bluesman (qui d’ailleurs eux même inspireront la génération d’après). Eric Clapton a sorti récemment deux très bons albums de reprises. Ne se limitant d’ailleurs pas à un seul artiste sur l’album Clapton datant de 2007, il avait rendu un hommage sublime à Robert Jonhson sur Me And Mr. Johnson. La question du pourquoi reprendre alors que l’on peut inventer n’a pas lieu d’être dans ce cas précis, ni dans celui de Cabrel d’ailleurs. Dans leur domaine respectif ils ont démontré qu’ils n’avaient rien à envier à personne, à partir de là, l’envie de partager ses émotions au travers ce qu’on chérie le plus en tant que musicien prend le dessus et cela nous offre de beau instant de musique. Dans la catégorie des chanteurs faisant un album hommage, j’aimerai citer Scott Walker qui reprend Brel avec une ferveur rare sur Scott Walker Sings Jacques Brel. L’anglais n’est pas toujours la meilleure façon d’aborder les textes de Brel, mais l’orchestration et la vivacité de cette langue fait vivre sous un tout autre jour « Amsterdam » ou « Mathilde ». 

Il existe d’autres façons de rendre hommage à un frisson qu’un autre nous a procuré que de faire un album complet sur son œuvre. Les concerts se prêtent bien à ce genre d’exercice. Pour ceux qui n’aiment intégrer que des phrases ou de courtes parties de chanson (ces petits morceaux sont nommés « Snippet ») il y a U2. « Amazing Grace », «It’s Only Rock’n’Roll », « God Only Knows », “Don’t Stop Till You Get Enough” et bien d’autres sont au programme ne serais ce que sur leur dernière tournée ! Avant ça ils avaient repris « Helter Skelter » des Beatles lors de Rattle And Hum, et il ne faut pas pousser Bono pour qu’il s’attaque à n’importe quel morceau. 

Sinon il y a toujours la façon de faire de Jamie Cullum qui s’approprie totalement les chansons qu’il reprend. Dans sa folie jazz certain titres sont devenu culte « Don’t Stop The Music » (Rihana), « High And Dry » (Radiohead) et surtout « The Wind Cries Mary », reprise de Jimi Hendrix sublimement interprété dévoile toute les subtilités qu’Hendrix était capable d’inventer. (De ma part, adorateur du maître Hendrix, aimer une reprise à ce point ne doit que vous encourager à aller l’écouter !)


Que ce soit Cabrel, Clapton ou Cullum, chaque artiste a besoin de montrer ses racines pour se faire comprendre et surtout pour se faire plaisir ! Avec Vise Le Ciel, Francis Cabrel se fait plaisir en nous faisant redécouvrir certaines chansons oubliées de Bob Dylan, et nous en profitons pleinement. Il est tout de même rageant de penser qu’aucune des chansons de l’album ne soit de sa propre main, en amoureux des mots il sait tout aussi bien nous faire voyager au son de son Blues qu’avec ses textes si finement taillés. Vivement la suite !


jeudi 11 octobre 2012

BB Brunes est devenu grand!


Nous sommes le 29 février 2008, il est environ 22h30 et je sors trempé d’un concert et je ne sais si mes oreilles sifflent à cause de la sono réglée au max ou des cris stridents de la centaine de jeunes filles hystériques (et je pèse mes mots) qui n’a cessé de s’époumoner dans l’atmosphère brulante de cette petite salle de Montfavet. La passion était telle que les pompiers se donnaient à cœur joie de nous arroser avec tout ce qu’ils leur passaient sous la main. Ce n’était pas les Rolling Stones, ce n’était pas U2 ou Dylan, ce n’était « que » les BB Brunes. J’étais au premier rang. J’ai tout vu, et malgré la sono, qui rendait incompréhensible le moindre mot prononcé par Adrien Gallo, et cette ambiance proche du chaos que seule une horde de jeunes demoiselles peut créer, il s’est tout de même « passé quelque chose ». Ce petit frémissement qui vous laisse sans voix en sortant, qui vous fait réécouter l’album sans cesse pour essayer de ressaisir cet instant magique où l’émotion est passé des doigts sur les cordes de guitare jusqu’à nos oreilles.


Ce n’est qu’aujourd’hui, avec leur troisième opus dans les mains, que je sais ce que j’ai vu ce soir-là. En réalité je n’ai rien vu, je l’ai senti, j’avais senti un talent. Alors encore à l’état brut, il en manquait encore beaucoup pour en faire jaillir de quoi sortir de la masse des chanteurs qui veulent percer. Le résultat est là pourtant, « Long Courrier » est sorti le mois dernier, c’est une réussite.

S’il vous semble facile de prédire un succès 6 ans plus tard, je vous répondrais juste que je n’ai eu de cesse de clamer la fraicheur qu’a apportée BB Brunes dans le paysage Rock de la musique Française depuis la sortie de « Blonde Comme Toi » en 2006. Car il faut bien l’avouer, être un fervent défenseur de Gallo et sa bande n’a pas toujours été facile. Longtemps estampiller (plus souvent à tort qu’à raison d’ailleurs) du logo « Groupe à faire pleurer les minettes », leur look et leurs attitudes ont souvent effacé la partie musicale de toute critique à leur égard. Il est vrai que « Blonde Comme Moi » fut écrit alors qu’ils passaient le Bac, la profondeur des textes s’en ressent. Désormais, on parle ouvertement de fellation (J’écoute les Cramps), de plan à trois, de première fois (Dis Moi, BB Baise) et grand classique des chansons d’adolescents : de problèmes de cœur (Pas Comme Ça, Houna…). Et même s’ils abusent d’arrêts brutaux pour repartir sur un crescendo de batterie, ce Garage-Rock dépoussière des années de Rock mollasson depuis la fin de Noir Désir. Puis en 2006, les succès de l’année se nomment Faf Larage et Diam’s… autant de raisons d’aimer de la nouveauté dans les rythmes et autant d’énergie en si peu de chansons (si courtes !).

Le souci avec les premiers albums c’est que bien souvent on ne s’en relève pas. En oubliant de se renouveler ou tout simplement en n’en sortant jamais un deuxième trop occupé à dilapider le premier à Ibiza, on ruine tout espoir de se voir écouter de nouveau. C’est donc avec appréhension que j’attendais en Décembre 2009 sorti de « Nico Teen Love ». Quel soulagement d’entendre un renouvèlement, et pas un petit ! En décidant de grandir et de canaliser cette énergie brute, qui caractérisait "Blonde Comme Moi", pour la transformer en mélodie (sérieusement absente du premier opus) profondément ancré dans le Rock Français et Britannique, ils gagnent en épaisseur tant sur le fond que sur la forme. Avec la mélodie, on remarque enfin que A.Gallo sait chanter sans crier sur des rythmes endiablés (Gare Au Loup, (D)andy). C’est d’ailleurs à cet instant que l’on note une quasi absence de sexe dans les textes, plus souvent remplacer par des sentiments tels que l’éloignement (M. La Maudite) ou le manque (Cola Maya) et parfois par des introspections plus qu’agréable (Illuminations)  Alors, bien entendu les tempos sans limite sont toujours présent  mais ne sont pas représentatif de l’album, au contraire, ils semblent plus être des souvenirs du précédent, reprenant la même forme de composition et de chant (Ma Mods, Peut Être Pas Cette Fois). S’il avait été en vie, on aurait pu croire sa patte derrière « Nico Teen Love » et « Britty Boy », tant ces deux chansons transpirent Serge Gainsbourg. Ce sont sans doute les deux meilleures, leur profondeur musicale et textuelle est sans pareille dans l’histoire des BB Brunes à cet instant. « Britty Boy » tel « Initial BB » introduit l’aide ultime à la mélodie : les violons. Les paroles ne sont pas en reste et se voient éclairer de jeux de mot et de double sens agréables à l’oreille. Quant à « Nico Teen Love » il ne s’agit ni plus ni moins du « Bonnie And Clyde » revisité (et bien revisité) à la sauce BB Brunes.

 Il est clair qu’en trois ans, le groupe de Parisiens a décidé de s’orienter vers la mélodie. J’avais alors pensé qu’ils seraient bien avisés de continuer sur ce chemin tant la qualité de ce deuxième album est élevée. Ils ont effectivement poursuivi dans cette voie, grand bien leur en a pris.


Nous sommes le 10 octobre et je ne me lasse pas de « Long Courrier ». Depuis sa sortie, ses mélodies travaillées en collaboration étroite avec Etienne Daho me hante et ne sont pas prêtent de me quitter. Cette fois-ci, les BB Brunes ont totalement oublié le Garage-Rock et distillent une musique plus riche que jamais, puisant dans les meilleurs artifices de la pop des années 80 et guider par le producteur de Gossip : Allan O'Connel, le résultat est époustouflant. La puissance du Rock de Gossip sur les rythmes enivrant de la Pop de Daho, c’est tout bonnement un régal. Encore une fois, les textes évoluent et se tournent (enfin) vers les faits de société comme en témoigne « Police Déprime » ou «Au Garde à Vous », tout en gardant tout de même cette plume dirigée vers les bonheurs/tourments de l’âme (Aficionado, Bye Bye). Ces revirements font la part belle à la voix d’Adrien Gallo, qui est étonnant avec celle-ci. Autant à l’aise dans le Rock de « Rue De Buci » que dans la ballade « Hémophile », le chant à trouver sa place au sein des chansons et n’est désormais plus secondaire. Autre grand atout des BB Brunes et peut-être plus palpable sur ce troisième disque : la puissance des refrains. Depuis 2006, pas un refrain n’a pas été intelligemment utilisé pour relancer une chanson, et si l’impact ne s’était pas produit dans votre tête sur « Nico Teen Love », il se fera sur « Long Courrier ». Car que ce soit « Stéréo », « RIP » ou « Grand Rio » vous ne pourrez vous empêcher un pas de danse ! Dans l’ensemble, c’est un album plus joyeux, presque haut en couleur qui nous est offert, à l’entrée de l’automne, c’est un vrai cadeau.


J’aurais pu faire trois articles reprenant tour à tour chaque album, j’ai préféré tous les aborder d’un seul coup, délaissant souvent les technicités musicales au profit d’un ressentit plus personnel. En inscrivant ce nouvel opus dans une dynamique qui débuta en 2006, j’ai sans doute essayé de justifier que depuis le début, ce groupe mérite qu’on s’intéresse à lui. Car même si l’image n’est pas toujours agréable, l’oreille doit parfois savoir fermer les yeux pour comprendre et entendre ce qui se passe réellement devant elle. Ne voyez plus ces pédant parisiens mais laissez-vous porter par ce qu’ils font de mieux : du Rock. Et tout comme moi en ce soir de février au milieu d’un chaos indescriptible, vous passerez une superbe soirée !