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vendredi 4 janvier 2013

The Empyrean - John Frusciante



Bonne année à toutes et à tous ! Ce fut un vrai plaisir de débuter l’écriture de ce blog durant 2012, je suis sûr que ce plaisir sera le même tout au long de 2013. Mes vœux pour vous sont tout le bonheur possible ainsi qu’une vie remplie de musiques diverses et variées au fil de tout ce que vous vivrez cette année. 


Pour commencer l’année 2013 j’ai décidé de rendre hommage à l’artiste dont l’un des albums a donné le nom de ce blog, je parle bien sûr de John Frusciante. J’ai déjà traité son album From The Sounds Inside et nous avions pu découvrir au travers de celui-ci un homme retranché sur lui-même dans son combat contre la drogue, mis à nu par un mal bien plus profond que l’on ne peut imaginer. C’était donc avec un album très sec, dépourvu de post production et enregistré chez lui seul. En ce début d’année je voulais vous faire écouter ce que l’espoir de guérison qui naissait en fin d’album avait fait naitre quelques années plus tard. Un joli bébé de 12 pistes nommé The Empyrean. 


Première remarque, le nombre de chanson qui s’est vu couper de moitié passant de 21 à 12 titres. Mais loin de faire du travail en moins, ce sont 12 titres très travaillés et mélangeant encore une fois rythmes Rock et clavier psychédélique. Deuxième point important, c’est la collaboration de beaucoup de ses amis sur le projet. C’est ainsi que sont crédités entre autre au dos de la pochette l’incroyable bassiste des Red Hot Chili Peppers : Flea, ainsi que leur nouveau guitariste Josh Klinghoffer (ayant pris au pied levé la relève de John Frusciante une fois que celui-ci eu décidé que sa voix n’était plus au sein de ce groupe qu’il chérit pourtant sans borne.) 
Je ne sais pas si l’on peut vraiment dire qu’il y a un ordre aux chansons mais la première se doit d’être écouté en premier ne serais ce que parce qu’elle se nomme « Before The Beginning » et que sa fabrication est la parfaite introduction à cet album. Elle annonce du Rock avec ce solo ultra mélodique durant toute la chanson mais si l’on écoute les couches placées sous le duo guitare/batterie on remarquera que les synthétiseurs seront présents. En nous laissant quelques indices dans cette intro John Frusciante oriente nos pensées sur le contenu de l’album, cependant il nous réserve aussi quelques surprises, de bonnes surprises.


 Tout d’abord, nous retrouvons avec plaisir des chansons marquées profondément de la patte de John Frusciante. Qu’est-ce que la patte de John Frusciante  me direz-vous ? La patte de ce génie de la guitare se retrouve lorsque dans une même chanson il arrive à faire varier plus ou moins abruptement l’ambiance, la température et le rythme de nos pensées. C’est aussi une passion pour les chœurs, une voix se déchirant en allant chercher des notes bien trop hautes et comme vous le savez déjà des solos aux inspirations « Hendrixienne ». C’est ainsi que « Central » et « Dark Light » se retrouve parmi mes favorites pour comporter la majorité de ce qui nous fait un bon morceau signé Frusciante. « Central » est tout bonnement impressionnant et mérite amplement ses 7 minutes. Les changements au sein de ce morceau sont imperceptibles et pourtant au fur et à mesure la chanson se transforme totalement. La base de piano est une fondation sur laquelle tour à tour viendront se poser guitares en furie ou synthétiseurs fous accolés à sa voix déchainée. Un plaisir auditif rare. Quant à « Dark Light » c’est tout l’inverse. La variation est brutale et nous passons d’une partie mélangeant les effets de delay et d’écho sur un piano aux notes spartiate et sur une voix lancinante presque suppliante à un petit passage en boite à rythme et chant avant d’arriver sur sans doute l’un des passages les plus puissants de tout l’album faisant croiser et marier boite à rythme, basse de rêve et chœurs hypnotique pendant 5 minutes. La ligne de basse est une petite merveille, simple et efficace elle vous délectera les oreilles avec une écoute au casque. Du 100% John Frusciante que l’on a envie de réécouter en boucle.


Autre bonne idée de The Empyrean, les chansons se répondant l’une à l’autre, il y a « Before The Beginning » et sa réponse « After The Ending ». Le plus remarquable des échanges se déroule entre « Enough Of Me » et « One More Of Me ». La première est une sorte d’enfance dans sa première partie. Calme et mélodique elle représente l’enfance avant de se transformer en une adolescence un peu folle à base de guitares saturées. On pourrait admettre qu’à ce moment-là de sa vie John Frusciante se sentait en trop d’où le titre. Puis viens la réponse, le retour après l’évolution, de l’homme nouveau. Déjà la voix s’emploie dans les graves (presque trop pour sa voix) et par-dessus les chœurs vient se superposer une partition de violons. L’ensemble est très mature jusqu’à ce cris sortant de nulle part, comme si tant de maturité se devait d’être ponctué d’une dose de folie.
Je parle de violon, je parle de piano, vous vous demandez surement si le Rock n’a pas quitté cet album avant même d’y rentrer. Rassurez-vous, du riff de guitare il y en a, et du plutôt bien léché. Le plus puissant étant celui de « Today » (Bonus Track exclu Japon), si vous passez la petite intro de sons remixés vous profiterez d’une belle chanson Rock dans la plus pure tradition des années 90, puissante avec un solo qui décoiffe pour finir en beauté. De même pour « Unreachable », sans doute morceau le plus abouti sur la finition, une ballade Rock qui n’est pas sans faire penser au Red Hot Chili Peppers (surtout dans l’utilisation des effets et aussi grâce à la participation de Flea). 

Puis, sortie de son chapeau, indéniablement sans fond, J.F nous pond deux superbes ballades que sont « God » et « Ah Yom » (Bonus Track exclu Japon et USA), chose dont il était incapable sur ses anciens albums. Les accords sont majeurs et l’on sent profondément que c’est un homme en paix avec lui-même qui compose et écrit. Petit charme en plus, la reprise du regretté Tim Buckley (père de Jeff pour les plus curieux), « Song To The Siren » est un joli hommage à l’une des grandes figures de la Folk des années 50.


Avec The Empyrean John Frusciante nous offre enfin une facette joyeuse de sa personnalité. Avec ses textes centrés sur son avancement personnel et le futur, ce sont des notes d’espoir qui sonnent au travers de cet album. Quoi de mieux que de l’espoir pour entamer une nouvelle année?

vendredi 27 juillet 2012

The Good, The Bad and The Queen


Tout les mélomanes ont une histoire personnelle avec Damon Albarn. Il y a ceux qui l’ont découvert avec Blur, et ceux qui l’ont découvert avec Gorillaz. Et puis il y a ceux qui, comme moi, ne connaissant de Gorillaz et de Blur que des méga-tubes, l’ont réellement découvert avec The Good, The Bad and The Queen, avant de réécouter en profondeur ses premiers projets. Et à vrai dire, ce n’est pas forcément la moins bonne façon de découvrir Damon Albarn. Présentation de ce super-groupe surprenant.


Un casting impressionnant
Certes, Albarn, qui a une formation classique, a marqué de son empreinte l’histoire du rock en tant que leader de Blur, groupe ennemi d’Oasis et tête d’affiche de la Britpop des années 90. S’il s’était arrêté là, sa carrière aurait déjà été honorable. Mais à partir de 1998, il se lance dans le projet Gorillaz avec le dessinateur Jamie Hewlett : inutile de revenir sur le phénoménal succès de ce groupe virtuel qui a mélangé rock, rap, trip-hop et électro avec une rare virtuosité. Ici apparaît un autre acteur de l’aventure The Good, The Bad and The Queen : Danger Mouse, qui a produit l’excellent album Demon Days. Quant à Albarn, qui a eu le temps de reformer Blur plusieurs fois, il a enregistré deux opéras (Monkey, Journey to the West en 2007 et Dr Dee en 2012), produit Amadou et Mariam, joué du clavier sur la sublime chanson "Me and The Devil" de Gil Scott-Heron, et fondé très récemment le groupe Rocket Juice and The Moon (filez-donc écouter "Poison"¸ vous ne serez pas déçus) avec Flea et Tony Allen.
Le moins qu’on puisse dire c’est que Damon Albarn sait s’entourer. On le voit, ses groupes et collaborations, qui se sont tous chevauchés temporellement, ne se comptent plus. Néanmoins, dans la nébuleuse des artistes qui ont collaboré avec lui, un noyau dur semble se dessiner autour de Danger Mouse et de Tony Allen. Chacun d’entre eux a collaboré au moins deux fois avec Albarn, et ils se sont retrouvés ensemble sur le projet The Good, The Bad and The Queen.
Danger Mouse est à l’origine d’une bonne partie de ce qui se fait de mieux dans la musique actuelle. Gnarls Barkley, c’est à moitié lui. Il a cosigné le splendide dernier album de Sparklehorse (The Dark Night of the Soul), a produit Gorillaz (Demon Days), le dernier Norah Jones (Little Broken Hearts), Beck (Modern Guilt), et The Black Keys (El Camino). Il a même pris le temps de participer au projet Rome avec Daniele Luppi, Norah Jones et Jack White, non sans quelque réussite (Seasons’s Tree, Black).
Tony Allen est quant à lui imprésentable. Le batteur historique de Fela Kuti, pape de l’afrobeat, est doté d’un toucher reconnaissable au premier coup d’oreille. Plus récemment, il a donc participé aux projets de Damon Albarn, qui est notoirement connu pour être un passionné de musique africaine, mais il a aussi joué pour Sébastien Tellier sur son album Politics (oui, oui, la petite batterie légère de la Ritournelle, c’est bien lui), ou encore avec Mathieu Boogaerts. Il manque ici deux acteurs pour faire le tour de la formation The Good, The Bad and The Queen. D’abord Paul Simonon, le bassiste des Clash, qui a mis de l’eau dans le vin de sa hargne made in "London Calling". Ensuite Simon Tong, le guitariste de The Verve.
Avec une telle brochette de talents sous la houlette du chef d’orchestre Albarn, il ne pouvait que sortir quelque chose d’intéressant. Verdict ?


The Good, The Bad and The Queen: l’album
L’unique album de The Good, The Bad and The Queen a le même nom que le groupe et une pochette affreuse. La première écoute est déroutante : on y découvre une musique aux mélodies subtiles mais oubliables (Kingdom of Doom), aux sonorités étranges (Northern Whale), à la fois acoustiques et électroniques (History Song, The Bunting Song). Cette musique prend tantôt la forme de chansonnettes apparemment innocentes (The Bunting Song, Green Fields), tantôt celle de petites épopées progressives (Three Changes). Le tempo est lent, l’accompagnement rythmique très léger et le chant d’Albarn incantatoire. L’ensemble dissone, mais tient pourtant debout en dégageant une ambiance cinématographique presque fantastique. Il y a aussi ce dernier morceau, qui porte le nom du groupe et de l’album, peut-être le titre le plus en décalage avec le reste de l’œuvre : après avoir commencé sur un rythme pachydermique, il finit en grande envolée rock, presque punk. Et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est réussi. 

 
De fait, les richesses de cet album ne se dévoilent qu’au bout de quelques écoutes. Et avec un peu de recul, il apparaît que TGTBTQ est un peu plus que la somme de ses membres. Il y a évidemment les explorations sonores d’Albarn, tête pensante du groupe qui maîtrise tous les genres et essaie de concilier les contraires. Mais on retrouve aussi des touches d’afrobeat dans la batterie de Tony Allen (Three Changes, Nature Springs), et la patte électronique de Danger Mouse, omniprésente, est intelligente. On regrette parfois le manque d’énervement du groupe, mais c’est un défaut pardonnable, tant la musique proposée est de qualité. Bref, dans la carrière sinueuse et touffue de Damon Albarn, The Good, The Bad and The Queen fut une expérience fructueuse. Moins FM que la musique de Blur ou de Gorillaz, celle de TGTBTQ n’a rien à leur envier : tout en conservant l’empreinte singulière d’Albarn, elle gagne en subtilité ce qu’elle perd en accessibilité. Dommage que l’expérience n’ait pas duré plus que le temps d’un album et d’une tournée !