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vendredi 23 novembre 2012

It Might Get Loud



Il y a deux semaines je m’étais penché sur trois films abordant chacun à leur manière leur vision des artistes qu’ils mettaient en valeur. L’un des réalisateurs se nommait Davis Guggenheim et j’avais émis l’idée son documentaire It Might Get Loud soit l’un de nos futurs sujets de conversations, cette idée prend forme aujourd’hui ! Je n’ai pas pu m’empêcher de le revoir après l’avoir mentionné dans mon article. Autant vous prévenir, il s’agit sans doute du film que j’ai le plus vu et revu. Je n’arrive pas à regarder plusieurs fois le même film mais celui-ci, qui est par ailleurs un documentaire plus qu’un film, me passionne toujours autant même après la cinquième vision !


Voici un lien pour le voir en entier gratuitement :

Le principe du documentaire est pourtant simple, prendre trois monstres de la guitare appartenant chacun à une époque différente du Rock et les faire se rencontrer avec leurs guitares et leurs matériels autour d’une table et du sujet suivant : « Votre approche de la guitare ? » Ce sujet est durant tout le film découpé en sous partie détaillant pour chacune un peu plus la personnalité de ces trois génies. Il semblerait d’ailleurs de bon ton de les présenter (chose que Guggenheim film à merveille dans les cinq premières minutes du film). Commençons par le plus ancien, Jimmy Page de Led Zeppelin né en 1944, puis The Edge, incontournable membre et architecte de la musique de U2 né en 1961 et Jack White né en 1975, membre fondateur des Raconteurs et des White Stripes ayant désormais une superbe carrière solo devant lui. (cf. BlunderBuss). Ce n’est pas anodin si j’annonce leurs dates de naissances, Guggenhiem met en relief l’évolution que le Rock a connue entre Page et Edge ainsi qu’entre Edge et White. Cette même évolution qui fait que l’on entend Jimmy Page s’extasier devant la distorsion, The Edge en avoir assez des solos de 30mn et Jack White vouloir oublier le surplus d’électronique dans le Rock. 

The Edge
La beauté de ce documentaire réside dans la multitude d’approche qu’il nous est donné d’avoir par rapport à ces trois hommes. En mêlant interview privée dans des lieux importants de leur carrière (The War House pour Edge, Headley Grange pour Page…), lives respectifs, image d’époque et la réunion dans le salon d’enregistrement, Davis Guggenheim expose nos oreilles à ce que la musique a fait de mieux sous toutes les coutures. Tous ces documents se mélangent mais c’est tour à tour qu’ils nous expliquent leur parcours, leurs guitares, leurs envies, le tout enrobé d’anecdotes de la plus anodine (comment John Bonham a obtenu par hasard son son de batterie sur  « When The Leeve Breaks ») à la plus fondatrice (panneau sur lequel l’annonce de Larry Mullen Junior a été postée pour former le groupe que nous connaissons désormais sous le nom de U2). 

Jimmy Page
Et même si The Edge semble tenir un peu plus de temps à l’écran, c’est avec une répartition somme toute égale que ces trois magiciens de la musique se découvrent. On a ainsi la surprise d’approcher l’enfance au milieu d’une fratrie de dix enfants de Jack White ainsi que son approche à reculons par rapport à la guitare et même par rapport à la musique en général. Etant sans doute le moins médiatique des trois, j’ai eu l’impression d’en apprendre plus sur J.White que sur les autres : ses débuts avec Meg White au sein des White Stripes, son gout prononcé pour le blues des années 30 et son amour pour la nouveauté, pour la créativité en lieu et place de l’innovation matérielle. Deux scènes prenantes résument relativement bien le personnage : l’écoute de sa chanson favorite de Son House « Grinnin’ In Your Face » et son dévouement total sur scène quitte à laisser sa guitare pleine de sang à la fin d’un concert. Passion, intégrité et originalité sont les trois maîtres mots pour le décrire, et ce fut pour ma part une surprise car tant dans l’introduction du film que par ouïs dire, j’avais un apriori négatif sur le personnage que je trouvais pédant voir suffisant. C’est donc avec plaisir que mon regard a totalement changé devant autant de qualité musicale et humaine.
S’il est bien une information qui m’a fait frissonner lors de ce visionnage, c’est d’apprendre que nous ne sommes pas passé loin de ne jamais connaitre Led Zeppelin avec Jimmy Page ! Habitué des tournés dans le froid et le ventre vide avec ses anciens groupes, il n’a pas été loin de raccrocher sa guitare pour se consacrer à une autre de ses passions : la peinture. C’est avec un sourire amusé que l’on écoute le très (très) jeune Jimmy Page passer à la TV pour un petit morceau et c’est avec une admiration folle qu’on l’écoute (et regarde !) jouer, de nos jours, « Rumble On » dans son grenier aux multiples instruments.

Jack White
Finalement, l’essence même du film se créer lorsque nous découvrons que nos idoles sont eux même guidés par leurs propres idoles ou morceaux fétiches. Ils en redeviennent humain, descendent du piédestal sur lequel nous les avions mis, pour y faire monter leurs idoles. C’est ainsi que nous voyons Jack White s’extasier devant un vinyle  acapella, Edge se sentir vivant en voyant naitre le punk à Top Of The Pops avec The Jams, le plus heureux de tous semble encore être Jimmy Page et sa collection impressionnante de vinyles nous faisant partager un morceau mille fois trop simple pour ses doigts mais qu’il adore « Rumble » de Link Wray. C’est aussi ce sentiment qui prédomine dans ce qui restera ma scène préférée, elle se déroulelors de la réunion des trois guitaristes. Jimmy page glisse la sangle de sa Les Paul et entame le riff de « Whole Lotta Love », The Edge se rapproche avec attention et un petit sourire au coin des lèvres de celui qui se délecte de pourvoir assister à un tel événement. Jack White, déjà bien placé, ne peut que poser sa guitare et son visage se transforme en celui d’un enfant à qui l’on vient de donner le plus beau des cadeaux. Car s’il y a bien une légende dans toute la salle ce jour-là ; c’est bien Page, n’oublions pas que ses riffs ont bercé les oreilles des deux autres (et les notres !) Et c'est ainsi que, malgré tout leur talent, Jack White et The Edge ont pris une leçon!


It Might Get Loud est un chef d’œuvre du genre qui plaira à ceux qui comme moi aime la musique mais aime aussi ceux qui la font vivre. Comment ne pas aimer des artistes qui, après des années de tournées, des millions cumulés, des albums vendus à la pelle, arrivent à s’extasier comme des enfants devant un simple riff ? C’est sans doute le but ultime que Guggenheim a réussi à atteindre : faire disparaitre l’icône pour faire apparaitre l'amoureux de musique.

vendredi 1 juin 2012

Nikki - Nikki Yanofsky


Je ne suis pas, comme beaucoup, fan des chanteurs adolescents. Souvent poussés par la famille à la recherche d'une rente facile, ces petits chanteurs se retrouvent le plus souvent écrasés par le système et plus vite oubliés que jamais. Mais comme à toute règle il faut une exception, Nikki Yanofsky sera mon exception. Sur scène avec des Bands monstrueux depuis l'age de treize ans, elle impressionne par sa capacité technique et sa présence scénique pour une si petite fille. Méconnu en Europe, (elle a tout de même remplie l'Olympia en Octobre 2011 alors qu'elle n'avait que 17 ans!) elle est surtout reconnue en Amérique du Nord où se concentre la majorité de ses tournées, à mon grand dam... 


J'entends déjà les sceptiques assurer que c'est la candeur de cette jolie jeune fille qui lui donne tant d'attraits pour les médias et les spectateurs. Ces gens-là ne l'ont pas écouté chanter, jamais. C'est pourquoi avant de traiter son album sobrement intitulé Nikki, je vous propose d'écouter quelques reprises faites durant un concert de 2008 qui ne pourront pas vous laisser indifférent. Tout d'abord, si vous écoutez « Swingin' On The Moon » de Mel Tormé, on se demande bien ce qui va sortir de cette bouche encore encombrée par des bagues d'orthodonties. La première fois que sa voix atteins nos oreilles, plus de doute possible, nous avons affaire à une grande en devenir. La maîtrise des paroles est tout simplement bluffant pour une enfant de son âge, la diction est parfaite et le rythme est dompté. S'il fallait encore un exemple je conseillerai « It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing) » de Duck Ellington (s'il vous plait!). Encore une fois elle impressionne avec la simplicité qu'elle a à enchaîner chaque phrase, mais au-delà de la technique, c'est sa présence sur scène qui me laisse sans voix. Elle habite cette scène, un charisme incroyable (et un charme indéniable) qui magnifie la performance.
 
Deux ans passent depuis ces concerts et un album voit le jour : Nikki.
Elle aime le définir comme une partie d'elle en insistant sur le fait que les reprises représentent le plus profond d'elle même et de ce qu'elle aime chanter quand il s'agit de Jazz. En effet, l'album se compose pratiquement à part égale de reprises et d'original. Ses classiques sont parfois connus « Over The Rainbow » ou plus méconnu « God Bless The Child » et sont plus ou moins réussis. Le problème de cet album réside dans le fait qu'il est difficile de ne pas trouver du moins bon au milieu de tout le bon que j'aimerais en dire.


Il faut dire que c'était prévisible, après tant d'émerveillement sur des « lives », un support disque allait sembler fade. Mais il n'y a pas que ça. Il y a de la « popisation » dans l'air de cet album et ça lui donne par moment des relents de mauvais mix Pop/Jazz. N'est pas Jamie Cullum qui veut. Les morceaux « For Another Day » ou « Never Make It On Time », ne sont rien d'autre que des ballades Pop comme il en existe des centaines. L'ennui, c'est d’essayer tant bien que mal de les faire passer pour des ballades Jazz entraînantes et de nous retrouver avec des hybrides ne sachant pas sur quel pied danser. Pour aller au bout de ma pensée, j'aurais vu sans problème Justin Bieber chanter « For Another Day » et en faire un tube... Il en va de même pour « Bienvenue Dans Ma Vie » qui manque cruellement de background d'un point de vue de l'écriture (idem pour la chanson précédente), on n’écrit pas en Français pour justifier un accordéon et cela manque trop de vécu. Or le Jazz c'est du vécu, elle qui nous le jetait à la figure en s'appropriant les textes de ses reprises se voit un peu limitée quand il s'agit de faire partager le sien. Pour finir avec le négatif, et c'est sur ce point que ma déception est plus forte : les reprises loupées. J'ai vu « I Got Rhythm » dans un talk-show Canadien et ce fut un réel plaisir alors que sur l'album la chanson est totalement ratée. Plate et sans entrain, à aucun moment Nikki n'arrive à la hauteur du monument qu'elle attaque. Le must revient tout de même à « Over The Rainbow » qui se transforme en démonstration vocale involontaire et maladroite. Chaque partie est faite différemment et on s'envole dans des hauteurs que cette chanson ne mérite pas. Aucune chanson ne mérite ça, être pris à partie pour mettre en valeur le chanteur, c'est l'inverse qui doit être fait.


Vous trouverez sans doute ces remarques sévère car au fond l'album n'est pas mauvais, loin de la. Mais sous couvert du dicton « Qui aime bien, châtie bien » je me dois de mettre l'oreille là où ça fait mal.

Car oui, j'aime cet album. Je l'aime d'autant plus que lorsque Jimmy Page et Robert Plant ( Led Zeppelin) approuve une reprise de « Fool In The Rain » dans un machup avec « On The Sunny Side Of The Street » et qu'on le chante comme Nikki le chante, alors là seulement elle mérite de faire partie des grandes. Les arrangements de ce mélange sont sublimes et l'orchestre sort grandi de la prestation. Il en va de même pour les deux titres bonus « It's A Small World After All » (musique d'attraction des poupées à Disneyland Paris!) et « Plus Je T'Embrasse » de Blossom Dearie. Ces deux morceaux sont ce que j'aime chez Nikki Yanofsky : de l’enthousiasme, de l’énergie, une puissance vocale maîtrisée au service de la chanson et surtout un plaisir pris qui nous est immédiatement transmis, on la voit sourire en chantant. La reprise de « Try Try Try » swing et nous fais découvrir le monde de la chanteuse de San Fransisco Feist. De mon point de vue, pour la meilleure reprise il faut se tourner vers « God Bless The Child » de Billie Holiday. Je n'arrive même pas décrire la beauté du morceau, le plaisir que l'on prend à l'écouter ainsi la perfection d'une interprétation aboutie. Le tout sachant qu'elle vient tout juste d'avoir 18 ans, juste chapeau bas. Si vous souhaitez mettre en relief cette interprétation, allez écouter l'originale et appréciez la qualité du de l'hommage rendu par Nikki en la faisant apparaître sur son album.
Ses créations ne sont pas en reste et « First Lady », qui est pourtant dans la même veine musicale que « Bienvenue dans ma vie », est une vraie bonne ballade de Jazz. En respectant les codes de ce type de morceau, elle offre à sa voix l'opportunité de nous transporter dans les méandres des balais de la batterie et elle le réussit tout en finesse. « Take The « A »Train » et « Cool My Heals » sorte un Jazz très frais et bien plus enlevé, frôlant parfois la Pop sans mal. Et si Nikki décide de faire de la Pop, qu'elle le fasse pleinement comme avec le très accompli « Greys Skies ». Elle s'ouvre un nouvel horizon où sa voix lui permettra de se balader au milieu de ces chanteurs à ordinateurs.


Pour conclure je dirais que cet album mérite qu'on s'y attarde dessus, même si tout n'est pas parfait, même s'il comporte quelques erreurs de jeunesse, même si on ressent la pression du système qui veut la rentabilité immédiate des jeunes artistes. Il y a, dans cet album, la volonté de créer quelque chose de nouveau, loin de tout ce qui s'entend à la radio et surtout il en ressort un amour pour la musique qui se transmettra forcement si vous prenez la peine de l'écouter. Nikki Yanosfky a tout pour devenir une immense chanteuse : sa voix, son charisme et sa présence sur scène sont des atouts impensables pour une fille de son age. Ses choix futurs décideront si elle se range du coté du profit, réduisant à néant son talent, ou de l'art pour notre plus grand bonheur. Avec un album pareil, il semblerait qu'elle prenne la bonne voie.