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vendredi 1 juin 2012

Nikki - Nikki Yanofsky


Je ne suis pas, comme beaucoup, fan des chanteurs adolescents. Souvent poussés par la famille à la recherche d'une rente facile, ces petits chanteurs se retrouvent le plus souvent écrasés par le système et plus vite oubliés que jamais. Mais comme à toute règle il faut une exception, Nikki Yanofsky sera mon exception. Sur scène avec des Bands monstrueux depuis l'age de treize ans, elle impressionne par sa capacité technique et sa présence scénique pour une si petite fille. Méconnu en Europe, (elle a tout de même remplie l'Olympia en Octobre 2011 alors qu'elle n'avait que 17 ans!) elle est surtout reconnue en Amérique du Nord où se concentre la majorité de ses tournées, à mon grand dam... 


J'entends déjà les sceptiques assurer que c'est la candeur de cette jolie jeune fille qui lui donne tant d'attraits pour les médias et les spectateurs. Ces gens-là ne l'ont pas écouté chanter, jamais. C'est pourquoi avant de traiter son album sobrement intitulé Nikki, je vous propose d'écouter quelques reprises faites durant un concert de 2008 qui ne pourront pas vous laisser indifférent. Tout d'abord, si vous écoutez « Swingin' On The Moon » de Mel Tormé, on se demande bien ce qui va sortir de cette bouche encore encombrée par des bagues d'orthodonties. La première fois que sa voix atteins nos oreilles, plus de doute possible, nous avons affaire à une grande en devenir. La maîtrise des paroles est tout simplement bluffant pour une enfant de son âge, la diction est parfaite et le rythme est dompté. S'il fallait encore un exemple je conseillerai « It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing) » de Duck Ellington (s'il vous plait!). Encore une fois elle impressionne avec la simplicité qu'elle a à enchaîner chaque phrase, mais au-delà de la technique, c'est sa présence sur scène qui me laisse sans voix. Elle habite cette scène, un charisme incroyable (et un charme indéniable) qui magnifie la performance.
 
Deux ans passent depuis ces concerts et un album voit le jour : Nikki.
Elle aime le définir comme une partie d'elle en insistant sur le fait que les reprises représentent le plus profond d'elle même et de ce qu'elle aime chanter quand il s'agit de Jazz. En effet, l'album se compose pratiquement à part égale de reprises et d'original. Ses classiques sont parfois connus « Over The Rainbow » ou plus méconnu « God Bless The Child » et sont plus ou moins réussis. Le problème de cet album réside dans le fait qu'il est difficile de ne pas trouver du moins bon au milieu de tout le bon que j'aimerais en dire.


Il faut dire que c'était prévisible, après tant d'émerveillement sur des « lives », un support disque allait sembler fade. Mais il n'y a pas que ça. Il y a de la « popisation » dans l'air de cet album et ça lui donne par moment des relents de mauvais mix Pop/Jazz. N'est pas Jamie Cullum qui veut. Les morceaux « For Another Day » ou « Never Make It On Time », ne sont rien d'autre que des ballades Pop comme il en existe des centaines. L'ennui, c'est d’essayer tant bien que mal de les faire passer pour des ballades Jazz entraînantes et de nous retrouver avec des hybrides ne sachant pas sur quel pied danser. Pour aller au bout de ma pensée, j'aurais vu sans problème Justin Bieber chanter « For Another Day » et en faire un tube... Il en va de même pour « Bienvenue Dans Ma Vie » qui manque cruellement de background d'un point de vue de l'écriture (idem pour la chanson précédente), on n’écrit pas en Français pour justifier un accordéon et cela manque trop de vécu. Or le Jazz c'est du vécu, elle qui nous le jetait à la figure en s'appropriant les textes de ses reprises se voit un peu limitée quand il s'agit de faire partager le sien. Pour finir avec le négatif, et c'est sur ce point que ma déception est plus forte : les reprises loupées. J'ai vu « I Got Rhythm » dans un talk-show Canadien et ce fut un réel plaisir alors que sur l'album la chanson est totalement ratée. Plate et sans entrain, à aucun moment Nikki n'arrive à la hauteur du monument qu'elle attaque. Le must revient tout de même à « Over The Rainbow » qui se transforme en démonstration vocale involontaire et maladroite. Chaque partie est faite différemment et on s'envole dans des hauteurs que cette chanson ne mérite pas. Aucune chanson ne mérite ça, être pris à partie pour mettre en valeur le chanteur, c'est l'inverse qui doit être fait.


Vous trouverez sans doute ces remarques sévère car au fond l'album n'est pas mauvais, loin de la. Mais sous couvert du dicton « Qui aime bien, châtie bien » je me dois de mettre l'oreille là où ça fait mal.

Car oui, j'aime cet album. Je l'aime d'autant plus que lorsque Jimmy Page et Robert Plant ( Led Zeppelin) approuve une reprise de « Fool In The Rain » dans un machup avec « On The Sunny Side Of The Street » et qu'on le chante comme Nikki le chante, alors là seulement elle mérite de faire partie des grandes. Les arrangements de ce mélange sont sublimes et l'orchestre sort grandi de la prestation. Il en va de même pour les deux titres bonus « It's A Small World After All » (musique d'attraction des poupées à Disneyland Paris!) et « Plus Je T'Embrasse » de Blossom Dearie. Ces deux morceaux sont ce que j'aime chez Nikki Yanofsky : de l’enthousiasme, de l’énergie, une puissance vocale maîtrisée au service de la chanson et surtout un plaisir pris qui nous est immédiatement transmis, on la voit sourire en chantant. La reprise de « Try Try Try » swing et nous fais découvrir le monde de la chanteuse de San Fransisco Feist. De mon point de vue, pour la meilleure reprise il faut se tourner vers « God Bless The Child » de Billie Holiday. Je n'arrive même pas décrire la beauté du morceau, le plaisir que l'on prend à l'écouter ainsi la perfection d'une interprétation aboutie. Le tout sachant qu'elle vient tout juste d'avoir 18 ans, juste chapeau bas. Si vous souhaitez mettre en relief cette interprétation, allez écouter l'originale et appréciez la qualité du de l'hommage rendu par Nikki en la faisant apparaître sur son album.
Ses créations ne sont pas en reste et « First Lady », qui est pourtant dans la même veine musicale que « Bienvenue dans ma vie », est une vraie bonne ballade de Jazz. En respectant les codes de ce type de morceau, elle offre à sa voix l'opportunité de nous transporter dans les méandres des balais de la batterie et elle le réussit tout en finesse. « Take The « A »Train » et « Cool My Heals » sorte un Jazz très frais et bien plus enlevé, frôlant parfois la Pop sans mal. Et si Nikki décide de faire de la Pop, qu'elle le fasse pleinement comme avec le très accompli « Greys Skies ». Elle s'ouvre un nouvel horizon où sa voix lui permettra de se balader au milieu de ces chanteurs à ordinateurs.


Pour conclure je dirais que cet album mérite qu'on s'y attarde dessus, même si tout n'est pas parfait, même s'il comporte quelques erreurs de jeunesse, même si on ressent la pression du système qui veut la rentabilité immédiate des jeunes artistes. Il y a, dans cet album, la volonté de créer quelque chose de nouveau, loin de tout ce qui s'entend à la radio et surtout il en ressort un amour pour la musique qui se transmettra forcement si vous prenez la peine de l'écouter. Nikki Yanosfky a tout pour devenir une immense chanteuse : sa voix, son charisme et sa présence sur scène sont des atouts impensables pour une fille de son age. Ses choix futurs décideront si elle se range du coté du profit, réduisant à néant son talent, ou de l'art pour notre plus grand bonheur. Avec un album pareil, il semblerait qu'elle prenne la bonne voie.

samedi 19 mai 2012

Little Broken Hearts - Norah Jones


Prendre un virage dans sa carrière est toujours risqué. Au-delà du fait que l'on peut être mauvais dans un autre genre que le sien, on peut dérouter son public et même se voir accuser de profiter de sa situation pour s'essayer à tout. Certain, comme Mélanie Laurent, réussissent à passer devant un micro, une caméra et même derrière la caméra sans que trop de monde viennent lui rappeler que c'est une actrice à la base mais sans grand succès. D'autre ont perdu une grande partie de leur auditoire en voulant s'orienter dans de nouvelles voies. Parfois c'est contre la nature du produit fini, je pense à Alizée, passant d'une Pop sans intérêt à un album Electro-Pop plutôt réussi mais totalement à coté de ce que ses « fans » attendaient ; d'autres fois le produit fini est loupé et à trop vouloir se renouveler on se perd et on perd son auditoire, Coldplay en a fait les frais avec Mylo Xyloto.
Puis il y a le cas de ceux qui réussissent avec brio ce virage, Norah Jones en est. Elle a fait appel à Danger Mouse pour produire Little Broken Hearts, album sorti le 1er Mai dernier. C'est lui qui va lui arranger ce virage si difficile à réussir et va le transformer en voie royale à la création de l'un des meilleurs albums Pop du début 2012.

Avant de commencer d'écouter cet opus, j'avais l'image d'une Norah Jones très Jazz, assez fleur bleue ( sans doute à cause de son rôle dans My Blueberry Night ) et ayant une voix sublime. Je ne connaissais de Danger Mouse que son superbe travail pour The Black Keys ( Brothers ) et Gorillaz ( Demon Days ). Les voir travailler ensemble paraissait assez incongru et pourtant l'ensemble est bluffant. Norah Jones laisse D.Mouse remplacer la contrebasse par une basse et une guitare électrique, son piano à queue par un synthétiseur des années soixante et les balais à caisse claire par de vrais baguettes voir même des boîtes à rythmes. Pour sa part N.Jones sortira des textes bien plus acides et fera oublier à D.Mouse de modifier sa voix, c'est bien mieux ainsi.


C'est musicalement que le changement est radical. Il n'y a rien de commun entre « Don't Know Why » et « Little Broken Hearts ». Il n'y a plus rien de Jazz dans cet album. Les percussions très marquées de Danger Mouse sont présentes, il suffit d'écouter « Happy Pills » ou « 4 Broken Hearts » pour s'en rendre compte. Les passages où l'atmosphère devient pesante sont subliment réalisé par la puissance des arrangements, la fin de « Take It Back » est un modèle du genre : le chœur lancinant et ce fond électrique viennent sublimer le thème du piano qui prend un tout autre sens. C'est souvent par ce procéder que D.M insufflera ses textures musicales. Il ne se prive pas d'ajouter en plus du piano de Norah Jones des effets sonores difficilement identifiables en arrière du thème. Parfois déroutant, le procédé est payant ; dans « After The Fall » c'est cette touche d'inconnu qui enfonce nos oreilles dans cette ambiance de fin de couple.
Cependant il n'y a pas que des chansons asphyxiées et tendues, « She's 22 » et « Travelin'On » nous font découvrir des passages plus doux en apparence et dont la structure fait penser à la ballade pop que l'on aime tant. Si je dis « en apparence » c'est qu'aucune chanson de l'album est à proprement parlé douce. Toutes recèlent d'émotions sombres. La voix cristalline de Norah Jones rend des plus agréable l'écoute, et c'est le contraste voix/paroles qui finit de me faire aimer cet album. « Miriam » traite directement de la trahison au sein du couple ainsi que de la place de l'amant. Et dans une ambiance surréaliste par rapport au propos, N.J annonce la mort de l'amante en question. Il en va de même pour « Little Broken Heart » qui se veut être la guerre de deux cœurs qui ne s'aiment plus se demandant s'il pourront encore dormir ensemble sans s'entre-tuer. Ce grain d'acidité des textes est tout bonnement un délice à découvrir soit à l'écoute soit à la lecture du livret. Il ne faut pas passer à coté de ce changement là. Car, sans vouloir vouloir tomber dans le voyeurisme de la presse people, il est facile de ressentir la douleur de sa dernière rupture il y a cinq ans de cela. Chaque chanson est une banderille envoyée à l’infidélité du conjoint. Le plus impressionnant est qu'au lieu de composer des chansons larmoyantes sur ce sujet déjà des plus utilisés. Norah Jones créer des mélodies qui pourraient être joyeuses si l'on ne comprend pas les paroles, le meilleur exemples à ceci reste « Say Goodbye » : le thème du piano est entraînant et l'on siffloterait presque le désespoir de l'abandon de sa vie de couple.


La rupture est le point culminant de l'horreur dans une relation, réussir à l'introduire dans une chanson n'est pas chose facile si l'on ne veux pas rendre niais ses émotions : « All A Dream » est plutôt convaincant dans ce rôle-là et conclue l'album comme on se déchire lors d'une séparation. Le rythme est lent presque militaire, la voix posée et langoureuse ; rien ne présage la fin et pourtant ce n'est qu'un rêve que les cris réveillent en sursauts. Le solo de guitare, sans doute le seul de l'album, tout en finesse et longueur me fascine par sa capacité à faire ressentir les cris et les pleures qui suivent ce genre d’événement. Dans une dimension bien moins importante, il me fait penser à l'un des maître en matière de solo plein d'émotions : The Edge sur « Love Is Blindness », ou comment traduire une douleur en musique. Si la musique ne suffit pas les paroles se chargent de rappeler qu'elle ne fut pas épargnée : « Enemy know how to make me always pay, I always pay ».


Il est certain que tout l'album est construit sur les vestiges encore fumant de son précèdent amour. Mais finalement il en ressort un album superbe. Cette rupture lui aura apporté, outre une nouvelle coupe de cheveux, une collaboration avec le phénomène en devenir qu'est Danger Mouse, un nouveau public et surtout un petit grain de folie qui se sent au travers ce tournant dans sa carrière. La sage Norah Jones habituée au Jazz sans vague a fait place à une Norah Jones Pop/Jazz bien plus affirmée et décomplexée pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

vendredi 27 avril 2012

Rumours - Fleetwood Mac

Si je devais expliquer comment j'ai découvert ce bijou perdu, la crédibilité de ce blog entier serait à remettre en cause. C'est pourquoi faisons comme si j'avais découvert le vinyle (que j'ai réellement !) par hasard et que la surprise fut telle qu'il devint l'un de mes favoris. Fleetwood Mac, un nom perdu dans la fin des années 60 qui a pourtant traversé l'atlantique et les années 70 pour accoucher de leur chef d’œuvre Rumours en 77. Le plus fort avec cet album, c'est qu'en plus d'être bon et novateur pour son époque, il s'est magiquement vendu à plus de 40 millions d'exemplaires !
Avant de commencer il faut tout de même que je vous prévienne, les sons et arrangement peuvent sembler vieillot par moment, surtout les voix féminine d'ailleurs. Essayez tous de même de passer outre, il y a tant de bonnes choses que de s’arrêter sur des détails liés au changement d'époque serait mesquin de votre part.

Première particularité de l'album, l’alternance entre chanteur et chanteuse. Les groupes de l'époque ne présentent souvent qu'une voix sur le devant de la scène, ici Lindsey Buckingham, Christine McVie et Stevie Nicks se partagent la partie chant. Outre le fait qu'ils chantent tous bien, on a le plaisir de ne pas se lasser par une même voix tout au long de l'album, ce qui permet de l'écouter plusieurs fois d'affiler sans pour autant avoir l'impression d'être toujours avec le même groupe.
Autre précision sur l'époque à laquelle est parue cet opus : le vinyle est sorti sous le genre Pop. Si l'on ose regarder ce que propose la Pop de nos jours, on regrettera amèrement cet age ou les guitares et les solos n'avaient pas été remplacé par des sons toujours plus fabriqués par ordinateurs et des modeleurs de voix permettant à n'importe qui de se proclamer chanteur...
Assez larmoyé, entamons avec « Second Hand News ». Premier titre et déjà l'ambiance est posée. Un crescendo sur un riff de guitare sèche, un chœur et un rythme simple mais efficace. Que demander de plus ? Le tout se termine sur un tout petit solo qui laisse entrevoir toutes les capacités de ce Fleetwood Mac. Car des capacités en tant que musiciens, ils en ont, et beaucoup. 
 

Je me permets une petite digression sur ce que j'appelle un bon musicien. Je ne pense pas que pour être cité comme bon musicien il faille se fendre d'un solo à plus de mille notes par minute pour un guitariste, ou d'une sur utilisation de la double pédale pour un batteur. Bien que ces deux utilisations d'un instrument requière une technique parfaite et sans doute des années d’entraînements ; un bon musicien reste pour moi celui qui sait trouver la bonne mélodie, les bons accords ou les chœurs qui lâcheront la bonne émotion au moment opportun . Tout est une histoire de ressenti, mais pour moi Eric Clapton sera toujours meilleur que Steve Vai. La finesse d'un « Old Love » n'a pas d'équivalent au milieu de l'avalanche de notes déversée par Vai, ce qui n’enlève cependant rien à son talent.

Pour revenir à nos moutons, je faisais remarquer que des morceaux tel que « Never Going Back Again » ou « Gold Dust Woman » sont des exemples plus que parlant pour démontrer la finesse des trouvailles du groupe en termes de mélodies et d'ambiances. Comme dit plus haut, cet album fut référencé Pop, mais avec des chansons comme « Gold Dust Woman » c'est mon coté rock des premières heures qui se réveille. La mesure jouée au charley puis juste au pied avec la grosse caisse ; une première guitare folk sur un rythme des plus pesant ; puis tout s’enchaîne, les chœurs, les passages électrique en fond et pour finir la déchirure dans la voix. Comment ne pas ressentir le désespoir avec une telle orchestration ?
Ce n'est pas la seule fois où on s'étonne du rock que contient l'album : « The Chain » et « You Make Loving Fun » sont eux-même très imprégnés par le rock des années 70.
Au milieu de ce mélange Pop/ Rock se cachent quelques douces mélodies. Ayant eu la bonne idée de ne pas utiliser la guitare pour se la jouer à la Scorpion, c'est donc avec le piano que les larmes peuvent commencer à rouler sur nos petites joues avec « Song Bird ». Je classe aussi « Oh Daddy » dans les douces mélodies. Même si pour le coup cette chanson est bien moins épuré que la précédente, elle sonne comme une complainte et même si la musique est très présente elle laisse la part belle aux paroles.
Les paroles justement sont assez intéressantes à décortiquer. A première vue, texte banal sur l'amour, la rupture, le regret... Rien de bien nouveau pour un album Pop, cependant il faut se plonger dans l'ambiance du groupe au moment de la conception des textes. A cette époque, les membres du groupe ne se parlent presque plus, et arrivent tous juste à composer. Le titre de l'album Rumours est directement lié à cet ambiance délétère. Et bien, si l'on lit au travers les lignes on aperçoit ce climat plus que tendu. Toutes les chansons ont un sens caché lié à la vie chaotique au sein de Fleetwood Mac. C'est ce double sens qui rend l'album si bon, les différents degrés de compréhension nous font redécouvrir les morceaux à chaque écoute. « Don't Stop » signe la fin des disputes ou tout du moins l'envie d'une trêve, mais lors d'une écoute rapide cela peut aussi être associé à n'importe quelle journée de déprime.

Je finirais avec « Go Your Own Way », à la fois pilier de l'album et chanson ayant eu un vrai impact sur ma façon d'aborder le monde dans certains instants pas toujours très reluisant. Le morceau est parfait. C'est le chef d’œuvre de Rumours. Tous les ingrédients sont réunis tant musicalement que textuellement pour réussir à vous prendre à bras le corps et vous transporte loin de ce que vous faîtes, loin de ce que vous êtes. Il est évident que j'ai une vision relativement biaisée de cette chanson ; peut être qu'elle ne touchera personne d'autre que moi. La musique est aussi une histoire d'instants. Ce qui est sur, c'est que cette chanson en particulier, mais tout l'album de même, contient sa dose d'émotion si l'on lâche prise du monde l'espace de trois minutes.

Fleetwood Mac est un groupe à écouter, leur discographie intégrale est immense et inégale, tout n'est pas à garder mais Rumours est le point d'orgue de nombre d'albums oubliés à tord ! C'est fou les découvertes que l'on peut faire lorsqu'on regarde Glee... Oups ! Peu importe comment l'on découvre la musique, l'important c'est de la faire vivre en l'écoutant. J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à écouter cet album !


samedi 14 avril 2012

A71 - Mustang


Début mars, les Victoires de la Musique récompensaient les « meilleurs » artistes de 2011. Et comme à son habitude, au delà d'une cérémonie des plus ennuyeuse, les catégories étaient remplies de nominés aux noms convenus. J.L.Aubert, C.Ringer, L.Voulzy, J.Clerc, autant de noms qui ont marqué la chanson française et qui m'ont enchanté plus d'une fois en concert ou sur leurs albums respectifs même récents. Néanmoins, ils n'ont pas leur place dans une telle cérémonie ! Tout du moins plus maintenant. Qu'un artiste soit récompensé pour sa carrière, comme le fut le très grand Alain Bashung ou comme l'a été H.F.Thiefaine cette année, est plus que légitime, mais il est temps de faire connaître la nouvelle scène française à la masse qui n'écoute de la musique qu'en allant travailler le matin (et qui écoute les Victoires de la Musique). Les grands absents de cette année sont, sans nul doute, le groupe Mustang qui avec un très bon deuxième album « Tabou » auraient du être au moins cité en tant que nominé. Pour aller plus loin, ils auraient déjà du y participer en 2009 avec leur premier opus « A 71 ». C'est pourquoi cet article lui est dédié.


Ce qui est frappant après une première écoute c'est la fraîcheur d'un tel album. J'ai été incapable de dire où j'aurais pu entendre de telles choses auparavant. Sûrement car je n'avais rien entendu d'aussi nouveau depuis bien longtemps dans le paysage de la chanson française. Ce trio Clermontois a le mérite d'innover. Si l'on décide de commencer par la voix, elle sort totalement de tout ce qui passe actuellement à la radio. L'utilisation de cette voix est, sans être novatrice, fraîche, un peu traînante mais pleine d’énergie me fait penser à un dandy chantant des vers d'Oscar Wilde. La chanson « Le Pantalon », qui leur a d'ailleurs valu un prix, est le parfait exemple de cette utilisation lasse mais pas molle.
Cette voix se met au service de textes parfois drôle, doucement acide, jamais triste mais plein de mélancolie. « La Plus Belle Chanson Du Monde » ou encore « Ma Bébé Me Quitte » sont mélancoliques à souhait. Et pourtant, il se glisse dans chacun de ces morceaux une certaine ironie qui force le sourire de l'auditeur. Pour moi, c'est une des forces de cet album. Réussir à traiter des thèmes qui font la dureté de nos vies avec une sorte de philosophie positive. La musique à une part importante dans ce processus. « Ma Bébé Me Quitte » est tout de même joué tout en majeur et fait plus penser à la plage et aux cocotiers qu'à l'isolement d'une rupture. Paris osé, mais payant. La chanson est réussie.
Les morceaux qui pourraient être qualifiés de plus léger ne sont pas moins intéressant. Certain sont d'ailleurs criant de vérité. Tout le monde a eu à faire à cette fille de « Pia Pia Pia » qui casse les oreilles à force de remarques et autre théories. Si vous ne trouvez pas de Pia Pia Pia dans votre entourage, c'est que c'est vous ! Le petit rythme rétro-éléctro rappel avec plaisir les années lycée qu'associe le groupe à ce genre de personne. Comment ne pas succomber au tempo du « King Of The Jungle » ? Ce chant tel une parade amoureuse (l'invitation à entrer dans le bungalow est irrésistible!) me fait penser au roi lémurien complètement démesuré, mégalo et surtout très drôle du film d'animation Madagascar. L'ambiance liée aux bongos et autres chœurs à la Pow Wow rend très bien surtout avec cette pointe de modernisme dont fait preuve Mustang en ajoutant quelques guitares électrique saturées. Ce passage de l'album est très rythmé, laissant peu de temps à nos oreilles et à notre corps (qui se met à danser tout seul !) de se reposer. Mustang se permet même, pour parachever cette phase allegro une instrumentale. Pas forcement nécessaire mais plutôt réussie, elle coupe en deux l'album. Une sorte de mi-temps pour le chanteur qui laisse volontiers parler ses camarades de jeux.


Les réussites d'A 71 sont ailleurs que dans les rythmes effrénés proposés. Les ballades ont un vrai charme. L'ode aux mamans et à la peur de l'inconnu est un plaisir à renouveler sans modération. En utilisant un fond sonore de clavier très planant et en y ajoutant ce petit son de guitare si caractéristique du groupe, Mustang nous rappel avec douceur ces matins où notre maman venait nous réveiller. Doux souvenirs... Mustang réhabilite le Slow avec « La Dame de Pique ». Ils n'inventent rien, reprennent la bonne vieille recette du Slow mais cela fonctionne. Et j'en viens à regretter qu'il n'y ai plus de quart d'heure Slow en boite pour pouvoir écouter de si jolis morceaux tout en flirtant du bout des lèvres.

« Je n'allume même pas la radio, toutes les musiques me rendent marteau, je m'emmerde. » En un vers de « Je m'emmerde » Mustang souligne le problème des radios Françaises qui n'innovent jamais de peur d'une baisse d’audience. Ce sont ces mêmes radios qui se targuent de faire découvrir des nouveautés, le plus souvent elles ont un train de retard et toutes personnes tant soit peu concernées par la musique connaît leurs nouveautés depuis presque deux ans... Le morceau « C'est Fini » souligne cette méthode vieillissante de faire des chansons de nos jours. C'est un tout. La méthode « Couplet-Couplet-Refrain-Couplet-Refrain » le tout en trois minutes, est acceptée pour passer à la radio. Alors, toute personne sortant du moule ne peut être connu par le large public car ne correspondant pas aux standards radiophoniques. C'est bien dommage. Nous passons à coté de titre tel « C'est Fini ».


J'ai eu envie que cette chanson finale ne se termine pas tant la partie synthétiseur est agréable. A71 fini sur un decrescendo lancinant. Pour un premier album Mustang avait placé la barre haute et personne ne s'en était rendu compte. Espérons que le suivant sera accueilli avec plus d'enthousiasme. En tout cas, ils le méritent.

PS: Ma chanson favorite est "Anne Sophie", je n'ai pas pu la placer dans mon explication; parfois les mots ne suffisent pas! C'est un vrai bonheur, comme cet album.

samedi 7 avril 2012

Happy Soup - Baxter Dury


Août 2011 sortait dans les bacs Happy Soup, le nouvel album de Baxter Dury. Ce nom ne vous dit peut être rien et sa musique semble loin de vos oreilles, pourtant vous connaissez tous au moins la chanson « Trellic » puisqu'elle fut utilisée pour une pub d'un célèbre pourvoyeur d’électricité Français. De plus, le fils de l'inventeur de la maxime « Sex, Drugs & Rock'n'Roll » n'est pas l'illustre inconnu que l'on croirait puisque Happy Soup est en réalité son troisième album. Certes les deux premiers ne se sont pas écoulés à des millions d'exemplaires, mais l'envie de bien faire est toujours grande lorsque « papa » est une rock-star. Alors, Baxter Dury s'est penché pendant plus de 5 ans sur cette Happy Soup. Le résultat est époustouflant de maîtrise.


La maîtrise, c'est le maître mot de cet opus. Il suffit d'écouter le titre « Happy Soup », un modèle du genre, voix grave pausé sur une batterie minimaliste et trois accords sur un clavier. Progressivement s'y ajoute un arpège envoûtant puis des chœurs féminins qui ne sont pas sans rappeler ceux usitées par Serge Gainsbourg. L’atmosphère rendue est pesante, à nul moment la chanson de s'emballe et pourtant on sent qu'elle le voudrait. Pire, tout notre corps le souhaite, cette lent marche ne peux que se terminer sur une explosion. Dury la retient tout en douceur et nous sert, en lieu et la place d'effusions de rythmes, un solo comme autant de liens venant sceller ce petit bijou de maîtrise musicale. Cameron Crowe donnait les mots suivants à Tom Cruise dans « Vanilla Sky » : « Le plaisir naît de l'attente de celui-ci. » Baxter Dury applique à la lettre cet adage et dans l'attente d'une envolée promise à cet « Happy Soup » nous fait prendre notre pied chaque second que celle-ci met... à ne pas venir !
La comparaison à Gainsbourg n'est pas innocente. Souvent utilisée dans les médias, il est vrai qu'on ne peut pas nier un air de ressemblance dans les ambiances créées par les deux protagonistes. Le rapprochement s'affirme sur la période « Initail BB » du grand Serge. Pour autant il n'est pas si simple de trouver de vrais points communs entre ces deux. La musique du Français est loin du post-retro-indie proposé par B.D. (Je viens d'inventer ce mouvement, je n'ai pas trouvé mieux pour définir le style!) Gainsbourg aimait la musique plus nature, moins éléctro. Question de génération me direz vous, mais S.G s'est bien intéressé au Reggae, sa curiosité a toujours été poussée vers le côté plus traditionnel de l'instrument. Son sample de la « Symphonie Du Nouveau Monde » d'Antonin Dvorak sur « Initial BB » est la preuve de l'attachement de Gainsbourg à la musique classique. Peut être que la sublime voix de Madelaine Hart nous rappel inconsciemment la voix d'une Brigitte Bardot dans la fraîcheur de l'âge, puis ce ton parlé à la manière de « Leak At The Disco » est souvent présent sur les disques de Gainsbourg.
Il ne faut cependant pas laisser cette comparaison faire croire qu'Happy Soup manque d'originalité. Loin de moi cette idée.


Chaque titre a du cachet et un ton propre. A la manière d'un livre de contes, les chansons s’enchaînent passant de thème en thème comme on tourne les pages d'un livre. Ironiquement déprimant dans « The Sun » ou amoureux pervers dans « Isabel », Baxter Dury offre l'occasion à chacun de se reconnaître au travers de personnage ou d'anecdotes proche de la vie de tout un chacun. Ce qui est intéressant c'est sa façon d'amener ces textes à l'encontre de la musique sur laquelle ils sont posés. Cela leur donne une tournure parfois différente de ce que l'on aurait pu ressentir avec d'autres mélodies. Pour éclaircir mon propos reprenons la chanson « The Sun ». Sujet des paroles : un certain Johnny « joue » seul chez lui avec son revolver. On imagine déjà la catastrophe, les violons, le solo de guitare déchirant la tragédie de ce désespoir à la façon d'un « Still Loving You »... Dury part totalement à l'inverse et sert sa chanson avec une guitare slide façon vacances à Hawaï, je ne parlerai pas de la batterie à deux doigts d'« Aux armes et caetera » ni des pseudo pleures de la fin ressemblant plus il faut l'avouer à un rire contenu. Bref, Dury fait d'un texte sur la solitude une chanson ironique et légère.
C'est un autre aspect à souligner. La légèreté que la musique apporte avec cette sensation que l'on rentre dans un monde irréel, mélange entre les années 80 et nos jours. La légèreté est souvent associée à des tempos lent où les basses et batteries sont coincées dans le fond ; ici c'est tout l'inverse. La batterie est sèche et ultra présente, idem pour la basse qui lead bien plus que la guitare qui sert plus d'accompagnement grâce à quelques notes flottantes et autres solos très sixties comme sur « Picnic On The Edge ». Ce qui contre balance avec la puissance offerte par le couple rythmique, c'est encore une fois cette si douce voix de mademoiselle Madelaine Hart mais surtout l'utilisation de claviers : rien de mieux pour tapisser le fond d'une bonne chanson ! Prenez « Afternoon », cette petite suite de notes façon violon et bourdon éléctro ? C'est de ceci dont il est question. Juste de quoi faire entrer en lévitation une chanson qui serait restée ancrée au sol sans cet astucieux ajout. Encore une fois ces parties de synthés sont soumises à la maîtrise et la retenue de Dury. Probablement seul point gris clair, (je n'ai pas le courage de soumettre un point noir à cet album) n'aurait-il pas fallu un peu plus de laisser-aller ? Sans doute le flegme British qui se veut au-delà des émotions personnelles trop importantes...


Baxter Dury nous quitte sur « Trophies », seule chanson laissant vraiment le devant de la scène aux claviers pour une sortie de ce monde entre deux âges tout en douceur. Une fin toute relative tant il est tentant de se relancer dans cet univers parallèle créer par B.Dury. Entre une atmosphère qui colle à la peau, des airs légers et une maîtrise absolue de chaque notes parvenant à nos oreilles, Happy Soup est une réussite. Pour moi cet album n'entre dans aucun genre, Baxter Dury fabrique lui-même le courant musical dans lequel il s'inscrit, c'est de là que ressort la fraîcheur de sa musique. Et c'est pour ça qu'on en redemande, et vite !






samedi 24 mars 2012

Running Still - Charlie Winston


Deuxième opus de Charlie Winston, « Running Still » peut il faire naître pour son interprète le même engouement qu'avait créé son prédécesseur ? Alors que « Hobo » avait littéralement envahi les ondes et les chaînes musicales au point de me dégouter du personnage et de sa musique. C'est donc avec une certaine appréhension que je m’apprêtais à écouter ce nouvel album.


Force est de constater qu'à la première écoute on reconnaît, presque trop, la patte Winston. A bien le réécouter, on s’aperçoit alors qu'il y a des rythmes de guitares à quatre accords, une section rythmique ultra présente, un harmonica et une voix qui chante/parle : bref, tout le mélange qui avait fait cartonner son grand frère « Hobo »... mais pas seulement, loin de là.


Je ne m'attarderai pas sur le single « Hello Alone ». Mise à part la réalisation du clip par Andrew Gura qui nous gratifie d'un superbe rendu photographique (oui C.W est beau, a un style « inassumable » pour le commun des hommes, et fait rêver toutes les demoiselles levant les yeux sur lui, ce n'est pas le sujet !) et d'une guitare trempée au grand dam de tous les puristes de l'instrument, ce single s’inscrit dans la suite du précédant album.
Car si les trois premières chansons reprennent la bonne vieille recette de 2009, s'en suit le Winston Nouveau, ou tout du moins, le Charlie Winston qui libéré des contraintes budgétaires et radiophoniques, tente, ose et essaye ce qui lui plait, qui laisse vivre son âme d'artiste touche à tout. Et ça marche. Charlie Winston livre un album bourré de références, avec des titres profonds et tendres à la fois. Le titre titre « Wild Ones » est une mise en abyme de cet album. Profondément ancrée dans son style, l'intro n'inspire rien de nouveau ; mais à peine le refrain entamé, les arrangements très fins et efficaces, sur lesquels je reviendrai plus en détail, font naître une envie de danser à la façon de « Lonely Boy » des Black Keys. Et surtout, on ressort du morceau en se demandant ce que l'on vient d'écouter (et de faire si l'on s'est mis à danser !)
On sort de l'album avec ce même sentiment.
Tout d'abord, C.W use du piano bien plus qu'avant, et c'est un réel plaisir que d'écouter des morceaux avec cette dominance piano/voix comme « The Great Conversation », « She Went Quietly » ou encore « Making Yourself So Lonely ». La première est une sorte de transition entre les deux albums, car même si « Speak To Me » est osée dans sa fabrication (Winston n'a utilisé que sa voix pour instrument) on reste vraiment (trop) proche de ce que l'on nous a rabâché durant les trois dernières années. Cette « Great Conversation » se tient donc sur les accords de « Moonlight Sonata » de Beethoven, et il en profite pour remercier toutes ses inspirations : nous les remercions aussi pour le résultat. Ce passage indique une suite bien plus reluisante que ne l'avait laissé espérer le très formaté « Where Can I Buy Happiness ? ».
Les morceaux passent et l'on prend plaisir à entendre la puissance des arrangements qui se développent tout au long d' « Unlike Me ». Cette chanson est des plus épurées, mais l'utilisation du xylophone la rend émotionnellement très prenante : cela n'est pas sans rappeler l’usage que les RHCP ont fait de cet instrument dans « 21st Century ». Les arrangements prennent aussi la forme de claviers « à la » Muse sur « Making Yourself So Lonely », et rajoutent sans conteste une profondeur à cette chanson d'amour perdu, ainsi qu'une sorte d'étourdissement qui accompagne si peu souvent ce genre de chanson.


Au delà de ces morceaux plus doux, l'album est dans l'ensemble plus musclé que le précédent, tout en gardant une cohérence avec le reste des chansons proposées. On a pourtant l'impression que « Rockin'In The Suburbs » ou autre « Until You're Satified » sont plus là pour tenir un numéro de plus que pour apporter une plus-value à cet opus, qui auraient mérité soit d'être mieux travailler soit de faire différents choix sur leur orientation musicale. « Until You're Satified » se cherche entre une guitare presque funk, un rythme pop et une basse très grasse... Ceci dit, ces titres seront efficaces en radio et chez toute personne cherchant à sortir du lit de bonne humeur.
L'idée de laisser planer les morceaux sur la fin, qu'ils soient posés ou secoués, est plus que réussie. Reprenant les basiques des meneurs du genre on entendrait presque le très médicalement reconnu « Teardrops » de Massive Attack à la sortie de « Summertimes Here All Year ».
Il serait injuste de réduire cette dernière à un semi-plagiat tant le texte est engagé et puissamment servi par une musique planante. A propos des textes, Charlie Winston se désolait, en souriant, dans une interview à « 3ème Gauche » que le public Français ne puisse pas plus entrevoir la profondeur de ses textes (Il est vrai que pour la plupart d’entre nous, nous chantons anglais avec la bouche pleine de marshmallow...) Et c'est bien dommage, car cet album, bien plus centré sur lui et sur une rupture difficile, fourmille de petites perles que la pop/folk/rock a oublié de pondre depuis quelques années. Le meilleur exemple reste lorsqu'il donne sa voix pour faire parler les autres : le texte de « Lift Me Gently » donne des frissons de part sa noirceur calfeutrée dans un écrin d'arpège de guitare sèche. (Bizarrement, la ballade cachée de l'album éponyme des Libertines m'était venue à l'esprit à la première écoute).

L'espace de quelques écoutes et d'une interview, Charlie Winston m'a (re)conquit avec un album ayant su évoluer vis à vis du premier née de la famille Winston. Cet album charme plus par ses ballades et autre piano/voix que par son côté explosion de son. Un album qui donne envie d'écouter le prochain et surtout de voir Charlie sur scène pour voir comment il arrange toute l'émotion contenue dans son album face à la foule. Car plus important que l'album, la scène reste pour moi le plus important dans le monde de la musique. On ne peut exister en dehors de la scène. Il ne reste plus qu'à espérer que le rouleau compresseur qu'est le monde de la musique industrielle nous laisse apprécier cet album en paix en évitant le gavage et en distillant les petites perles de Running Still.